13 août 2013

Si vous ne digérez pas les principes, prenez une dose de pragmatisme!

Classé dans : actualité,homme & femme,pensées,res publica,Valeurs — hervele @ 0 h 32 min

Parcourant le métro londonien, j’arrêtai mon regard sur la plaque fixée sous la tirette d’arrêt d’urgence. M’attendant à y voir la sèche mention d’un article de loi en punissant l’usage abusif et le rappel à la règle (qu’il est toujours tentant de défier), quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un petit texte sympathique expliquant qu’en cas de malaise il est tout à fait contre-productif d’utiliser ce dispositif parce que les secours mettraient trois fois plus de temps à arriver au beau milieu d’un tunnel qu’à la prochaine station…

Exemple insignifiant, mais absolument symptomatique du gouffre qui existe entre l’état d’esprit anglais et français au regard de la règle commune, minuscule coin de rame de métro où était symbolisé le précepte qui avait vraisemblablement porté la culture anglo-saxonne à la première place des nations depuis 3 siècles.

Le formidable ouvrage De La Démocratie en Amérique vante les mérites d’une jeune nation qui a toujours su se donner comme règle l’utilité d’une action pour la société plutôt que sa moralité. Ou alors, l’utilité avec la moralité comme effet collatéral, comme « bonus ». Mais si presque toujours les deux vont de conserve, l’utilité mène plus surement au but recherché et le principe, quoique plus noble, manque souvent sa cible*. L’idée n’est même pas anglaise et c’est notre bon Montaigne qui l’a énoncée au XVIè siècle: « Quand, pour sa droicture, je ne suyvray pas le droict chemin, je le suyvray pour avoir trouve, par expérience, qu’au bout du compte c’est communément le plus heureux et le plus utile.» Tocqueville enfonce le clou: « Je doute que les hommes fussent plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu’on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; ils n’étudiaient qu’en secret par quel côté elle est utile. (…) Aux États-Unis, on ne dit presque point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. » Il est inutile de tirer l’arrêt d’urgence, alors effectivement… personne ne s’amuse à le faire comme chez nous!

Le français dans sa grande noblesse n’a jamais daigné vendre son âme au « pragmatisme » – pouah – et y a toujours préféré l’idéal plus difficile de la vertu.

Où est-ce que je veux en venir et quelle application au débat politique?

Eh bien je dis que depuis mai 68, nous avons abandonné la vertu mais paradoxalement, de façon assez pitoyable, on n’a jamais autant hurlé au respect des principes républicains. Les principes républicains, ils sont inscrits au dessus de tous nos édifices. Hélas, il faudrait qu’un jour ils en descendent pour aller s’appliquer dans nos lois: quel principe intangible est encore respecté par l’État? Quelle autorité publique ne recule pas désormais devant l’émotion médiatique? Ne surtout pas choquer, mais la lâcheté, c’est justement quand on ne veut froisser personne et qu’on finit par tout détruire! Quand plus aucun politicien n’a le courage de démissionner après un désaveu public, quand la justice s’émeut et ne prononce que pour ménager les sensibilités et les intentions de votes communautaires, quand la laïcité se marchande comme une monnaie d’échange pour calmer un temps des revendications, quand le deux poids deux mesures et le clientélisme sont le diapason de l’action socialiste… il est temps de nous tourner vers nos ennemis jurés pour prendre une bonne leçon de pragmatisme! Et j’en suis le premier désolé, moi qui militait dans un précédent billet pour des lois affranchies du compromis, des principes clairs et intangibles…

Pourtant, dans l’affaire du voile islamique qui nous intéresse aujourd’hui, ce ne sont pas les idées qui manquent: il eut été facile de faire passer la pilule avec l’utilité de la sécurité intérieure: dissimulation = interdiction (pas de cagoules pendant les manifestations, pas de masques de Mickey pendant les braquages, pas de vitres teintées sur les voitures, pas de voile dans l’espace public**). Il eut été possible, quoique plus cocasse, d’interdire pour l’hygiène, le problème du manque de vitamine D, les risques accrus de noyades, la sécurité routières des piétons, l’absence de bandes réfléchissantes la nuit, que sais-je encore! Ça, c’est le pragmatisme, ça apaise, ça permet d’avancer, mais ça ne marche pas chez nous…

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

*Plus loin: « L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine. S’accommodant merveilleusement aux faiblesses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu’elle retourne l’intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l’aiguillon qui les excite. La doctrine de l’intérêt bien entendu ne produit pas de grands dévouements; mais elle suggère chaque jour de petits sacrifices; à elle seule, elle ne saurait faire un homme vertueux; mais elle forme une multitude de citoyens, réglés, tempérants, modérés, prévoyants, maîtres d’eux-mêmes; et, si elle ne conduit pas directement à la vertu par la volonté, elle en rapproche insensiblement par les habitudes. Si la doctrine de l’intérêt bien entendu venait à dominer entièrement le monde moral, les vertus extraordinaires seraient sans doute plus rares. Mais je pense aussi qu’alors les grossières dépravations seraient moins communes. La doctrine de l’intérêt bien entendu empêche peut-être quelques hommes de monter fort au-dessus du niveau ordinaire de l’humanité; mais un grand nombre d’autres qui tombaient au-dessous la rencontrent et s’y retiennent. Considérez quelques individus, elle les abaisse. Envisagez l’espèce, elle l’élève. »

**il ne s’agit aucunement d’une comparaison, juste une énumération…

 

11 juillet 2013

Charlie Hebdo ou comment accli-mater des religions à la laïcité

Classé dans : actualité,parodie,Valeurs — hervele @ 2 h 47 min

Charlie Hebdo: les fidèles doivent-ils tendre l’autre joue ou dénoncer une atteinte blasphématoire?

Le petit journal satyrique a encore frappé, cette fois c’est l’Islam qui fait les frais d’une une (Word me propose « effacer le mot répété » lol) qui tient plus de l’inscription au Tipp-Ex sur une table de lycée que d’un trait d’esprit mûri par une grosse journée de brainstorming. On attend dorénavant des attaques sur tous ceux qui ont jusque là été épargnés, j’ai nommé les roux, les végétariens, les Belges, les ambidextres… bref, tous ceux qui sont toujours dans le fameux avion de la blague.

Qu’à cela ne tienne, pour le moment Charlie Hebdo concentre ses attaques sur la deuxième religion française et sur la religion historique (réciproquement l’islam et le catholicisme (les deux étant devancées, personne ne le sait, par l’astrologie en nombre d’officiants)).

L’histoire littéraire, montre qu’une œuvre pamphlétaire est d’autant plus réussie qu’elle dénonce d’un sujet 1°) sensible 2°) censuré 3°) propice à des abus. A certaines époques l’Église faisait sans problème un « check all », mais aujourd’hui? Ici la question centrale est : pourquoi les musulmans s’offusquent beaucoup plus que les cathos de ce genre de dessin? Et qui a raison, c’est-à-dire quel est le comportement le plus efficient en termes de « marketing » pour une religion? (deux pièces dans le cochon!).

Premièrement ces dessins respectent la loi française qui ne reconnait pas le blasphème. Est-ce une bonne chose? Oui (et au passage la loi de 1905 a été faite tout autant pour protéger l’Etat de l’Église que l’inverse…).  Les musulmans par leur indignation montrent qu’ils n’ont pas intégré cette loi dans leur culture, pas apprivoisé la laïcité, et qu’il y a encore du chemin à faire. Il faut que la main passe et repasse pour assouplir le cuir!

Bref, si nous voulons que ce journal continue à vendre, offusquons-nous à chaque fois, nous faisons ses choux gras; mais si au contraire nous voulons que les caricatures s’arrêtent, rien de plus simple: le mépris! Faisons comprendre au monde que les cathos ont accepté les règles de la vie laïque, qu’ils sont au dessus de la mêlée, que leur foi est infiniment plus solide que ces quolibets de caniveau, et qu’enfin, à la limite, ils se voient érigés en victimes injustes d’une presse qui pour vendre ne sait plus que salir. Circulez, y’a rien à voir.

Tocqueville, encore une fois, le disait prophétiquement: ce n’est que le jour où une religion renonce enfin à son pouvoir temporel sur les fidèles qu’elle acquiert, aussitôt, un pouvoir spirituel d’autant plus fort et légitime sur eux, qu’il sera »choisi » et non « subi ».

 

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

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