30 septembre 2013

repos dominical

Classé dans : actualité,économie,res publica — hervele @ 23 h 13 min

Repos!

Il y a les libéraux, qui ne supportent pas qu’on empêche les gens de bonne volonté de travailler et qu’on se prive d’un surplus de croissance…

Il y a les anticléricaux, qui ne supportent pas que la loi française célèbre encore d’une certaine façon le jour du Seigneur..

Il y a les syndicalistes, qui ne supportent pas que les salariés passent des accords avec les patrons sans les consulter…

Parmi toutes ces voix assourdissantes, essayons de philosopher un peu sur ce méchant dimanche.

Primo, ne pas voir dans ce débat l’un des éternels combats entre la liberté et l’égalité serait passer à côté d’une mise en perspective intéressante. Liberté contre égalité, une lutte en filigrane de notre histoire moderne, on l’a vu dans les débats récente: liberté d’éduquer ses enfants librement contre égalité de l’éducation nationale. Liberté de se marier avec qui l’on veut contre égalité de tous les enfants, etc. Mais accroître l’égalité au prix de la liberté, c’est risquer de voir la liberté se venger un jour où l’autre, faire coucou par la fenêtre en disant: regarde, vous étiez plus égaux quand j’étais là… à ce sujet voir l’échec cuisant d’une mesure égalitaire phare: le CV anonyme a montré qu’il accentuait la discrimination entre candidats qui n’étaient plus jugés… que sur leurs fautes d’orthographe, facteur N°1 de distinction entre classes!

Qu’a à voir ce débat avec l’égalité? L’égalité entre les entrepreneurs, pardi. Et la liberté de ceux qui veulent se reposer le dimanche mais qui risquent bien d’être discriminés par un mécanisme très proche de la théorie des jeux puisque de deux commerces qui fermaient le dimanche, celui qui décide d’ouvrir mangera une énorme part de clientèle à l’autre, l’obligeant également à ouvrir sous peine de faillite. Au final, par contagion de proche en proche les commerçants travailleront à leur insu plus de jours pour un « gâteau » qui restera à peu près le même. On appelle cela une « lose-lose situation« .

Les économistes, les libéraux ont beau jeu de montrer l’efficacité sur l’emploi (ici), la consommation, la croissance. Mais quel est le prix social de cette croissance? Je pensais naïvement que l’état cherchait à rendre ses citoyens plus heureux et plus intelligents, non, il cherche à les faire consommer plus. Hélas, je ne pense pas qu’on ait jamais prouvé l’existence d’un lien entre consommation et bonheur individuel, à part dans les spots publicitaires. Voltaire, fervent athée, ne dédaignait pas la religion quand elle lui servait: « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit » et voyait en elle, comme chez certains révolutionnaires établis, un facteur d’ordre social au service des possédants dont il faisait partie. En lieu et place de religion, chanceux que nous sommes, nous avons le pouvoir d’achat! Et quelle divinité avide! Mais qu’a-t-on gagné, en somme, à troquer la messe du dimanche matin contre l’aller-retour au centre commercial?

Car entendons-nous bien, qui-est-ce qui demande à ce que l’on travaille le dimanche? Chez Sephora, ce sont les salariés avides d’un surplus de rémunération qui nous répètent à l’envi qu’ils y gagnent car « le dimanche est payé 50% de plus que les autres jours! » Il faut être stupide pour ne pas s’imaginer qu’une généralisation du travail le dimanche en fera un jour payé… comme les autres! Savez-vous ce qui me choque? Ce n’est pas qu’on refuse à des gens de travailler le dimanche. C’est c’est que notre économie soit tellement dévastée qu’on en arrive à devoir travailler le dimanche pour faire vivre sa famille convenablement. Alors que nous avons tout, je dis bien tout pour être un pays prospère et indépendant, nous nous sommes muselés et déplorons plaintivement cette situation… voulue. Voila pourquoi en Allemagne, il n’y a même pas débat…

Il est des arguments économiques, globalement pour le dimanche, et des arguments non-économiques globalement contre. Gardons toutefois en tête que ne plus laisser le consommateur oisif chez lui une seule journée, l’empêcher de réfléchir, de lire, de s’instruire, bref de se rendre compte qu’il peut être heureux autrement qu’en consommant, c’est aussi le but rêvé du capitalisme, un capitalisme d’asservissement qui emprunte à George Orwell. Et que dire du progrès social, ces luttes acharnées qui nous ont fait gagner petit à petit des jours de vacances, des horaires moins pénibles que ceux de nos pères? Est-ce le signal d’une prochaine machine-arrière? Non, nous ne sommes pas que des animaux en quête perpétuelle de pitance, et tant pis s’il nous en coûte 0,2 point de PIB!

Or on s’imagine bien que les magasins prêts à ouvrir le dimanche le feront aux mêmes horaires que les musées, les monuments, les bibliothèques… L’économie marchande rentrera en concurrence avec l’économie culturelle. Je vous laisse deviner laquelle gagnera. Mesure-t-on ce genre d’effet collatéral lorsqu’on avance des chiffres prometteurs?

C’est l’utilité contre la vertu en quelque sorte (voir mon autre billet sur cette question posée par Tocqueville). Peut-on concilier les deux? Sans doute, posez-vous la question suivante: que mangez-vous en famille le dimanche midi? Un gigot? Et croyez-vous que le bouchez qui vous vend le gigot pourrait maintenir sa boutique si vous passiez votre dimanche au centre commercial?

Hervé Legourvière (HerveLE)

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13 août 2013

Si vous ne digérez pas les principes, prenez une dose de pragmatisme!

Classé dans : actualité,homme & femme,pensées,res publica,Valeurs — hervele @ 0 h 32 min

Parcourant le métro londonien, j’arrêtai mon regard sur la plaque fixée sous la tirette d’arrêt d’urgence. M’attendant à y voir la sèche mention d’un article de loi en punissant l’usage abusif et le rappel à la règle (qu’il est toujours tentant de défier), quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un petit texte sympathique expliquant qu’en cas de malaise il est tout à fait contre-productif d’utiliser ce dispositif parce que les secours mettraient trois fois plus de temps à arriver au beau milieu d’un tunnel qu’à la prochaine station…

Exemple insignifiant, mais absolument symptomatique du gouffre qui existe entre l’état d’esprit anglais et français au regard de la règle commune, minuscule coin de rame de métro où était symbolisé le précepte qui avait vraisemblablement porté la culture anglo-saxonne à la première place des nations depuis 3 siècles.

Le formidable ouvrage De La Démocratie en Amérique vante les mérites d’une jeune nation qui a toujours su se donner comme règle l’utilité d’une action pour la société plutôt que sa moralité. Ou alors, l’utilité avec la moralité comme effet collatéral, comme « bonus ». Mais si presque toujours les deux vont de conserve, l’utilité mène plus surement au but recherché et le principe, quoique plus noble, manque souvent sa cible*. L’idée n’est même pas anglaise et c’est notre bon Montaigne qui l’a énoncée au XVIè siècle: « Quand, pour sa droicture, je ne suyvray pas le droict chemin, je le suyvray pour avoir trouve, par expérience, qu’au bout du compte c’est communément le plus heureux et le plus utile.» Tocqueville enfonce le clou: « Je doute que les hommes fussent plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu’on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; ils n’étudiaient qu’en secret par quel côté elle est utile. (…) Aux États-Unis, on ne dit presque point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. » Il est inutile de tirer l’arrêt d’urgence, alors effectivement… personne ne s’amuse à le faire comme chez nous!

Le français dans sa grande noblesse n’a jamais daigné vendre son âme au « pragmatisme » – pouah – et y a toujours préféré l’idéal plus difficile de la vertu.

Où est-ce que je veux en venir et quelle application au débat politique?

Eh bien je dis que depuis mai 68, nous avons abandonné la vertu mais paradoxalement, de façon assez pitoyable, on n’a jamais autant hurlé au respect des principes républicains. Les principes républicains, ils sont inscrits au dessus de tous nos édifices. Hélas, il faudrait qu’un jour ils en descendent pour aller s’appliquer dans nos lois: quel principe intangible est encore respecté par l’État? Quelle autorité publique ne recule pas désormais devant l’émotion médiatique? Ne surtout pas choquer, mais la lâcheté, c’est justement quand on ne veut froisser personne et qu’on finit par tout détruire! Quand plus aucun politicien n’a le courage de démissionner après un désaveu public, quand la justice s’émeut et ne prononce que pour ménager les sensibilités et les intentions de votes communautaires, quand la laïcité se marchande comme une monnaie d’échange pour calmer un temps des revendications, quand le deux poids deux mesures et le clientélisme sont le diapason de l’action socialiste… il est temps de nous tourner vers nos ennemis jurés pour prendre une bonne leçon de pragmatisme! Et j’en suis le premier désolé, moi qui militait dans un précédent billet pour des lois affranchies du compromis, des principes clairs et intangibles…

Pourtant, dans l’affaire du voile islamique qui nous intéresse aujourd’hui, ce ne sont pas les idées qui manquent: il eut été facile de faire passer la pilule avec l’utilité de la sécurité intérieure: dissimulation = interdiction (pas de cagoules pendant les manifestations, pas de masques de Mickey pendant les braquages, pas de vitres teintées sur les voitures, pas de voile dans l’espace public**). Il eut été possible, quoique plus cocasse, d’interdire pour l’hygiène, le problème du manque de vitamine D, les risques accrus de noyades, la sécurité routières des piétons, l’absence de bandes réfléchissantes la nuit, que sais-je encore! Ça, c’est le pragmatisme, ça apaise, ça permet d’avancer, mais ça ne marche pas chez nous…

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

*Plus loin: « L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine. S’accommodant merveilleusement aux faiblesses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu’elle retourne l’intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l’aiguillon qui les excite. La doctrine de l’intérêt bien entendu ne produit pas de grands dévouements; mais elle suggère chaque jour de petits sacrifices; à elle seule, elle ne saurait faire un homme vertueux; mais elle forme une multitude de citoyens, réglés, tempérants, modérés, prévoyants, maîtres d’eux-mêmes; et, si elle ne conduit pas directement à la vertu par la volonté, elle en rapproche insensiblement par les habitudes. Si la doctrine de l’intérêt bien entendu venait à dominer entièrement le monde moral, les vertus extraordinaires seraient sans doute plus rares. Mais je pense aussi qu’alors les grossières dépravations seraient moins communes. La doctrine de l’intérêt bien entendu empêche peut-être quelques hommes de monter fort au-dessus du niveau ordinaire de l’humanité; mais un grand nombre d’autres qui tombaient au-dessous la rencontrent et s’y retiennent. Considérez quelques individus, elle les abaisse. Envisagez l’espèce, elle l’élève. »

**il ne s’agit aucunement d’une comparaison, juste une énumération…

 

1 août 2013

La nature à la rescousse de l’impôt

Classé dans : économie,res publica — hervele @ 0 h 09 min

Hausse, progression, accroissement, élévation, augmentation, la langue française regorge de mots pour décrire le sort actuel de l’impôt en France. Il faut que les riches paient, alors parlons un peu des riches et de la façon de les faire « payer »: les deux voies royales étant les droits de succession et l’ISF (« incitation à sortir de France » en est l’acronyme ironique). Mon but ici est de prouver qu’il est possible de remplacer ces deux méchants impôts contre-productifs par un mécanisme neutre et tout aussi efficace. En guise d’introduction je rappelle ici les quatre caractéristiques d’un bon impôt:

1°) assiette large 2°) taux faible 3°) simplicité 4°) (moralité, cette dernière étant plus « subjective »)

Comme vous, j’ai passé de nombreuses soirées à discuter avec des amis de la légitimité de pouvoir transmettre à ses enfants une partie plus ou moins grosse des fruits de son travail. Or ces réflexions qui rythment notre existence ne sont pas étrangères à son but même: transmettre, laisser une trace, avoir un meilleur sort que celui de ses parents, n’est-ce pas, justement, le fil rouge de notre passage sur Terre? Voilà bien un sujet « Rousseauiste » où précisément l’intérêt particulier peut diverger fortement de l’intérêt général, comme on peut à la fois vouloir payer moins mais accepter que tout le monde paie plus…

Premièrement y-t-’il contradiction entre la recherche d’égalité des chances et la possibilité d’hériter d’un certain patrimoine? Comme d’habitude, étudions d’abord les extrêmes et poussons le raisonnement aux limites. Si l’État vous permet d’hériter d’un patrimoine très, très supérieur à ce qu’un français moyen pourra jamais économiser, alors que vous n’avez rien foutu de votre vie, là oui c’est vilain. Inversement, si l’État vous empêche de léguer à vos enfants ne serait-ce que le disque vinyle préféré de votre vieille mère, là aussi c’est vilain. C’est donc qu’il y a un juste milieu, chouette encore un problème de curseur!

Sur un plan de principe, j’entends parfaitement les voix qui réclament la fin d’un impôt sur la « mort », et sur des sommes déjà imposées une, parfois deux fois! D’aucuns argumentent sur le côté profondément immoral d’un impôt qui ne vous touche que si vous avez économisé sagement toute votre vie mais vous épargne si vous avez tout claqué sans vous soucier de vos enfants… Aussi je fais les propositions suivantes:

1°) Ne pas taxer* les héritages dans la limite de ce qu’une personne travaillant au salaire minimum parvient à économiser en toute une vie (à moduler selon le nombre d’enfants, conjoints, etc.).

2°) Au delà de ce « plancher », proportionner le montant qu’on peut recevoir à la richesse qu’on a réussi à accumuler de nos propres mains, comme par exemple taxer peu les sommes jusqu’à 50% de votre patrimoine** , et beaucoup au delà. Ce qui permet à quelqu’un qui le veut vraiment de conserver la « demeure familiale ».

3°) Permettre à l’héritage de « sauter une génération » car la durée de vie s’allongeant inexorablement, on en vient aujourd’hui à ne profiter du coup de pouce de nos parents qu’à notre retraite, c’est-à-dire quand on a enfin remboursé l’emprunt mais qu’on vient de se casser le col du fémur. Bref, créer une puissante incitation pour que les gens épargnent pour leurs enfants.

En somme, si le but (louable) est de récupérer (i.e. faire circuler) l’argent des très riches, j’ai beaucoup mieux à proposer: faites-leur faire des gosses! La fécondité a souvent tendance à être inversement proportionnelle aux revenus, c’est malheureux. Rien de plus efficace pour diviser un patrimoine que de le répartir entre les enfants. L’état se payant sur la circulation des biens (= le « frottement » économique, tout ce qui bouge laisse des miettes à l’état), il s’y retrouvera forcément d’une façon ou d’une autre (ex. lors de la revente des biens héhéhé). Avec des patrimoines divisés donc plus modestes, le risque d’évasion fiscale ou d’expatriation, au demeurant, est considérablement réduit, pour preuve il suffit de comparer les barèmes d’imposition de nos voisins pour déchanter assez vite sur leur taux d’imposition des classes moyennes supérieures… Il n’y a que pour les millionnaires que c’est intéressant.

Même l’histoire nous l’explique on ne peut plus clairement lorsque par exemple l’héritage de Charlemagne fut dramatiquement séparé entre ses trois fils condamnant la France à oublier ses velléités de domination européenne pour un moment.

Pourquoi inciter les riches à faire des enfants? Parce qu’en général, ils ont les moyens de les éduquer, de les cultiver au mieux, et que c’est bénéfique pour la société dans son ensemble. Ne vous en déplaise, les enfants des riches vont dans des écoles privées, coutent moins en assistantes sociales, en gardiens de prisons, sont moins au chômage, ont une meilleure santé, cotisent plus et plus longtemps, créent plus d’entreprises, etc. Bref même si vous ne les aimez pas, les riches font baisser vos impôts. Du coup, je fais entièrement confiance à l’État pour imaginer tout un tas de dispositifs conditionnels en ce sens, c’est son boulot. Or jusqu’à présent, il a de façon absolument stupide encouragé les riches à avoir le moins d’enfants possible pour échapper à la division du patrimoine, tout en les rendant malheureux par des taux d’imposition staliniens tandis que la filiation les rendrait au contraire heureux de voir leur biens divisés: heureux dans leur malheur, on ne pouvait rêver mieux et c’est la nature qui l’a fait (cf. cette magnifique théorie du gène égoïste)! Donc Haro sur les riches célibataires, et subventions à gogo pour les familles nombreuses millionnaires***, qui ne le resteront de toute façon pas très longtemps!

Reste à savoir si le gouvernement socialiste verra d’un bon œil cette prolifération de futurs électeurs de droite potentiels… mais on leur fait confiance pour le lavage de cerveau!

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

*Non, ce n’est pas un cadeau gratuit. Franchement, l’État a bien d’autres moyens de récupérer intelligemment des sous que celui-là…

**En retirant of course les apports d’autres sources: autres héritages éventuels, euro-millions, etc.

*** familles nombreuses stables, de préférence, mais je traiterai de cela dans un prochain billet.

11 juillet 2013

Charlie Hebdo ou comment accli-mater des religions à la laïcité

Classé dans : actualité,parodie,Valeurs — hervele @ 2 h 47 min

Charlie Hebdo: les fidèles doivent-ils tendre l’autre joue ou dénoncer une atteinte blasphématoire?

Le petit journal satyrique a encore frappé, cette fois c’est l’Islam qui fait les frais d’une une (Word me propose « effacer le mot répété » lol) qui tient plus de l’inscription au Tipp-Ex sur une table de lycée que d’un trait d’esprit mûri par une grosse journée de brainstorming. On attend dorénavant des attaques sur tous ceux qui ont jusque là été épargnés, j’ai nommé les roux, les végétariens, les Belges, les ambidextres… bref, tous ceux qui sont toujours dans le fameux avion de la blague.

Qu’à cela ne tienne, pour le moment Charlie Hebdo concentre ses attaques sur la deuxième religion française et sur la religion historique (réciproquement l’islam et le catholicisme (les deux étant devancées, personne ne le sait, par l’astrologie en nombre d’officiants)).

L’histoire littéraire, montre qu’une œuvre pamphlétaire est d’autant plus réussie qu’elle dénonce d’un sujet 1°) sensible 2°) censuré 3°) propice à des abus. A certaines époques l’Église faisait sans problème un « check all », mais aujourd’hui? Ici la question centrale est : pourquoi les musulmans s’offusquent beaucoup plus que les cathos de ce genre de dessin? Et qui a raison, c’est-à-dire quel est le comportement le plus efficient en termes de « marketing » pour une religion? (deux pièces dans le cochon!).

Premièrement ces dessins respectent la loi française qui ne reconnait pas le blasphème. Est-ce une bonne chose? Oui (et au passage la loi de 1905 a été faite tout autant pour protéger l’Etat de l’Église que l’inverse…).  Les musulmans par leur indignation montrent qu’ils n’ont pas intégré cette loi dans leur culture, pas apprivoisé la laïcité, et qu’il y a encore du chemin à faire. Il faut que la main passe et repasse pour assouplir le cuir!

Bref, si nous voulons que ce journal continue à vendre, offusquons-nous à chaque fois, nous faisons ses choux gras; mais si au contraire nous voulons que les caricatures s’arrêtent, rien de plus simple: le mépris! Faisons comprendre au monde que les cathos ont accepté les règles de la vie laïque, qu’ils sont au dessus de la mêlée, que leur foi est infiniment plus solide que ces quolibets de caniveau, et qu’enfin, à la limite, ils se voient érigés en victimes injustes d’une presse qui pour vendre ne sait plus que salir. Circulez, y’a rien à voir.

Tocqueville, encore une fois, le disait prophétiquement: ce n’est que le jour où une religion renonce enfin à son pouvoir temporel sur les fidèles qu’elle acquiert, aussitôt, un pouvoir spirituel d’autant plus fort et légitime sur eux, qu’il sera »choisi » et non « subi ».

 

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

25 juin 2013

« J’vais le dire à mes parents » contre « même pas mal »: résumé désabusé des relations internationales

Classé dans : pensées — hervele @ 2 h 22 min

Pourquoi a-ton parfois l’impression que les pays se comportent entre eux comme des enfants dans une cour de récréation? Alors qu’une nouvelle version de la guerre froide est en train de se dessiner en Syrie (OTAN vs RUSSIE, avec des complications locales), alors que les conférences de paix se font dans des hôtels de plus en plus luxueux, avec toujours plus de petits-fours et de discussions courtoises dans le langage feutré et alambiqué qui est celui des ambassades, les relations entre états demeurent désespérément dans le registre comportemental d’un enfant de 8 ans, starring:

- La loi du talion et son éternel cycle de vengeances (tu m’as volé ma bille, je te vole ton yo-yo, etc.)

- Le donnant/donnant: pas question que je fasse une bonne action avant que toi tu en fasses une, donc statu quo.

- Le chantage: je ne t’inviterai jamais à ma boum tant que tu ne feras pas ça et ça… et son pendant, la protection mafieuse: tu n’as pas à t’inquiéter et on est en bonnes relations tant que…

- Le manichéisme: si tu n’es pas avec nous tu es contre nous.

- L’intimidation: je peux appeler mon grand-frère si je veux.

L’exemple récent des velléités nucléaires de l’Iran (de la méfiance d’Israël et de son grand frère américain) ou encore des sanctions commerciales de type « Talion » entre la Chine et l’Europe étaient assez édifiant de ce point de vue.

La réponse est peut-être simple, simple comme de dire que plus les intérêts en jeu s’accroissent, plus le type de relation s’appauvrit et se radicalise, ou que cela tient au fait que les États souverains ne peuvent pas être assimilés à des individus d’une société qui se soumettent à une loi commune décidée à la majorité et garantissant un ordre juste. La loi qui s’applique entre pays souverains est la loi du plus fort, point. Au reste il est intéressant de se demander alors pourquoi partant d’un état de nature (Rousseau) soumis à la violence les états n’ont pas suivi la même trajectoire en se mettant d’accord sur une gouvernance commune, en déléguant leur souveraineté à un pouvoir supérieur. Pourquoi l’Europe ne fonctionne-t-elle pas? N’est-ce pas que le risque encouru par un individu qui sort de la société est tout simplement la mort, alors qu’il est moindre pour un état, toujours capable de vivre en autarcie… ou de survivre sous le joug d’un autre?

Est-ce que, au contraire, l’éloignement de l’éventualité d’une guerre (l’annihilation d’un plus faible par un plus fort) entre nations occidentales n’a pas justement conduit à ce durcissement des relations, à ce jeu d’esbroufe et d’intimidation qui vient remplacer l’affrontement direct entre blocs alliés?

Mais ce ne sont là que des hypothèses lancées en l’air.

On aimerait, hélas, voir de temps à autres des comportements altruistes, de la « politesse » que diable! On aimerait qu’un jour un pays ayant reçu une aide financière ou une remise de dette fasse un remerciement public aux citoyens du pays créditeur. Eh quoi, est-ce parce que la bonne action était motivée par des raisons peu avouables que le receveur se passe de remerciement? Que de mauvaise éducation dans les relations internationales: A quand des excuses pour un avion détruit à la frontière?

Qu’est-ce que cela ferait du bien d’entendre un dirigeant jouer le jeu de la vérité: « voila, nous ne signons pas ce traité car nous n’avons pas envie de froisser tel pays et nous avons peur d’être en position de faiblesse »…au lieu des sempiternels mots creux et concepts fleuves. Mais je m’égare et j’idéalise.

Toujours est-il que la cour de récréation, ça a toujours plu aux masses. Les peuples se flattent de voir leur chef déclarer en substance « si tu me touches, je te tape très fort ». Et je me demande si en démocratie les citoyens ne sont pas « gavés », saturés de vivre au quotidien dans des relations bridées, feutrées et hypocrites (qu’est-ce que la politesse, sinon de l’hypocrisie?) et alors une part d’eux-mêmes rêve d’en découdre avec cette loi du plus fort, de se frotter à l’autre! Ça doit être la raison pour laquelle la politique internationale occupe autant de pages dans les journaux quotidiens.

  Herve Legourvière (LerveLE)

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