10 octobre 2013

Éloge de la télévision

Classé dans : parodie — hervele @ 15 h 33 min

Un plaidoyer pour un passe-temps trop souvent la cible d’attaques infondées et réactionnaires: la télévision.

La télévision n’a pas d’intérêt économique pour le pays, admettons-le, étant la plupart du temps fabriquée à l’étranger. La mention « fabriqué en France » peut désigner le fait que le petit logo en métal de la marque est appliqué sur notre territoire souverain. C’était donc bien la peine de battre César à Gergovie, de repousser les Anglais à Orléans, les russes à Austerlitz, de décapiter un monarque, de constituer un empire colonial sur les 5 continents, de disposer de l’arme atomique et d’un porte-avion nucléaire pour au final devenir une puissance économique tout juste capable d’apposer un logo métallique sur des téléviseurs asiatiques*.

Donc bénéfice économique, faible, mais il faut savoir reconnaître ses torts et ne pas dresser un tableau par trop idéaliste. Concentrons-nous à présent sur les bienfaits domestiques et culturels de l’appareil.

D’un point de vue du bonheur de vivre il faut bien admettre que l’arrivée de la télévision a apporté aux français une source indéniable d’éclairage supplémentaire dans leur salon ou chambre à coucher**. La fameuse lumière bleutée des tubes au mercure, à travers les fenêtres, immanquable marqueur de la présence rassurante du téléviseur au domicile.

L’appareil ne se contente pas d’émettre sa bienveillante teinte bleutée, il diffuse également une chaleur douce ainsi qu’un bourdonnement aigu auquel on pourrait prêter des vertus répulsives sur les moustiques.

Au plan strictement médical, outre qu’elle peut être prescrite par n’importe quel généraliste pour la lutte contre l’insomnie ou le traitement de l’hyperactivité chez l’enfant, la télévision est également, dans toutes les maisons de retraite/EHPAD l’un des appareils incontournables de la panoplie de soins palliatifs terminaux.

L’impact culturel de la télévision, quant à lui, est juste… gigantesque. Chaque citoyen qui acquiert une télévision acquiert en même temps un support sur le dessus lequel dit support pourra être posé un nombre incalculable de livres, allant des œuvres classiques de La Fontaine aux romans de Zola en passant par les guides touristiques en tout genre… Quoi de plus douillet que de relire les Pensées de Pascal à la lumière du poste et d’avoir entre ses mains la tiédeur du livre chauffé par la convection de l’écran. Seul bémol hélas, le niveau culturel de la télévision d’aujourd’hui a beaucoup baissé depuis l’apparition des écrans plats dont les malheureux acquéreurs se voient obligés de débourser 99€ (+ 84€ en bougies chauffe-plats et serviettes diverses) chez Ikea pour un Billy de rangement.

Enfin le téléviseur toujours branché sera particulièrement utile pour diagnostiquer une panne de courant ou des plombs qui auraient sauté. L’absence du téléviseur, au contraire, est l’indice immédiat et infaillible de l’occurrence récente d’un cambriolage  qui peut le cas échéant passer inaperçu dans des appartements mal rangés ou hébergeant un labrador trop peu promené; cambriolage qui, au passage, n’aurait pas eu lieu si le quidam avait laissé la télé allumée avec le son à fond pendant son absence.

Source de paix dans les ménages et de silence au cours des repas, calmant naturel et efficace pour les bébés ou les vieux turbulents (turbulent dans le sens « qui voudraient parler »), franchement, non franchement, 137euros ça n’est pas cher payé pour tout ceci.

* Ne caricaturons pas : parfois le petit logo est fabriqué en Allemagne.

** ou les deux, pour les foyers les plus pauvres.

Vous aimerez aussi mes autres articles:

Aldous Huxley porte plainte contre Hollande pour plagiat

Comment les anglais ont conquis le monde avec un principe d’utilité

Pourquoi on accuse toujours les entreprises mais on se trompe toujours de bouc-émissaire

Convainquez-vous que le protectionnisme est n’est pas si méchant

Mes arguments pour un jour férié par semaine, au hasard: le dimanche. 

10 septembre 2013

Femmes, prenez le pouvoir!

Classé dans : homme & femme — hervele @ 0 h 46 min

2/3 des mères célibataires sont en grande difficulté financière, d’après le Secours Populaire. Pendant ce temps, le gouvernement utilise les honoraires de ses fonctionnaires sur deux gros dossiers critiques sans lesquels la France perdrait sûrement son parmi les nations: il lance le débat sur la PMA pour tous (= créer des tas d’enfants sans père), et il lance les formations sur le gender dans les écoles pour faire comprendre aux élèves que hommes et femmes, zéro différence.

Vous souffrez du genou droit? Le gouvernement vous ampute la jambe gauche! Inadéquation la plus totale entre le problème et la réponse apportée…

Mais quoi de plus désolant, en réalité, qu’une mère contrainte d’élever seule son enfant?

On pourrait dire, dans un certain sens, les mouvements féministes d’émancipation ont creusé leur tombe: n’ont-elles pas voulu libérer les femmes du carcan du mariage, divorcer quand bon leur semble, vivre avec un homme puis un autre, avoir des enfants quand elles veulent? Et les voilà aujourd’hui qui s’en plaignent? La femme libre se retrouve à présent… libre avec ses enfants sur les bras*! Pas étonnant que certaines voix chez les féministes décrètent « tant que la femme ne sera pas libérée de l’enfantement, elle ne sera jamais libre« . Elles ont un peu raison, hélas, mais surtout tort car la liberté de la femme doit s’exercer, nous allons y revenir, avant la procréation! Et puis voir l’enfantement comme une prison, ne serait-ce qu’envers les couples stériles cela est parfaitement odieux.

Toute femme doit savoir au fond d’elle même une chose, c’est que jusqu’à nouvel ordre c’est elle qui porte l’enfant; ce simple fait la rend unique – presque totalitaire – décisionnaire sur l’homme qui méritera d’être le père. Ce que je dis là, ce ne sont pas que des mots, c’est Darwin n’en déplaise à tous ceux dont les cheveux se dressent sur la tête dès qu’on leur rappelle l’origine animale de notre espèce, parce qu’ils voudraient bien l’oublier. La sélection (inter)sexuelle, corolaire de la sélection naturelle fait que chez presque toutes les espèces animales, la femelle choisit son partenaire (et si c’était le mâle qui donnait la vie… eh bien il s’appellerait femelle!…, cf. les travaux de R. Trivers).

Femmes, prenez le pouvoir! Le pouvoir immense que vous avez, celui de dire « Non, ce ne sera pas toi », et sa variante « Oui, à condition que ». Mais combien il est difficile pour l’orgueil d’un homme de l’entendre, ne lui répète-t-on pas à longueur de journée que homme et femme sont identiques… alors il ne comprend pas! Bref, demandez aux hommes de s’engager, rendez public cet engagement devant le monde, célébrez-le sans lésiner. Ces trois bêtes conseils, c’est la définition du mariage: Mariez-vous! Et ne laissez pas des avocats régler vos problèmes : vous avez 50% de chances que l’autre ait un meilleur avocat que vous alors qu’un conseiller conjugal résout 90% de vos problèmes (et ceux de votre conjoint par la même occasion).

Ne soyons pas aveugles non plus, nous ne sommes pas tous des top-modèles et il y a des femmes qui ne peuvent pas se permettre de « choisir » parmi une foule de prétendants. A celles-là, je réponds que oui, la société est cruelle car elle semble ne s’adresser qu’à ceux qui ont tout pour eux**. Qu’elles n’abandonnent pas leurs prérogatives! Qu’elles gardent confiance en elles, qu’elles n’acceptent pas de se mentir à elles-mêmes en croyant qu’un enfant retiendra et rendra « sédentaire » le partenaire (pari ô combien risqué): au reste cela n’a jamais été le cas, la multiplication des familles recomposées – dont le bonheur paisible et « moderne » reste la plupart du temps un miroir aux alouettes – est là pour le rappeler. Qu’elles réalisent qu’une femme exigeante possède déjà au moins une qualité très appréciée des hommes: cette exigence est ce qui nous oblige à nous faire violence et nous tirer vers le haut. En la matière, d’ailleurs, la présidence actuelle nous fournit un excellent contre-exemple!

Nous vivons une époque de profonde crise de l’engagement avec en face de nous toute une génération à qui on a expliqué qu’il suffisait de porter un jeans Levis et des Ray-Ban pour rester éternellement libres et épanouis… Et au bout du compte, voter des lois comme le PACS (qui n’est que la légalisation de la répudiation par simple e-mail à la préfecture) sans rien expliquer aux jeunes sur l’engagement, c’est faire avancer une forme néfaste de liberté qui engendre beaucoup de souffrance. Car si il est heureux que la société aide les mères seules, elle a la fâcheuse tendance à en fabriquer… au lieu de tout faire pour encourager les femmes à obtenir le maximum de garanties que leur enfant sera élevé dans les meilleurs conditions.

J’aime à proposer, par exemple, que le PACS se transforme automatiquement en mariage dès lors que le femme attend un enfant (l’arrivée d’un enfant est un engagement « subi » qui en fait fuir beaucoup). Cela serait, oui, une loi responsable.

Hervé Legourvière (HerveLE)

* Où libre, peut-être, comme Simone de Beauvoir et son pacte d’infidélité avec Sartre qui nous semble plus, avec le recul, comme un pacte du « je fais ce que je veux et tu souffres de jalousie en silence »

** Malheureusement il n’y a qu’Israël qui légifère sur la maigreur des mannequins dans les publicités…

D’autres billets récents pourraient vous intéresser?

Sur l’objection de conscience des maires et la question du courage

Sur l’exemple du pragmatisme anglais et son application au débat sur le voile

Sur une affaire médiatique qui montre assez bien les mécanismes du politiquement correct

Sur le point commun entre OGM et embryon humain

ce blog est référencé sur un annuaire de blogs: Blogs Société

 

30 août 2013

Un homme doit-il prendre le nom de sa femme

Classé dans : homme & femme,parodie — hervele @ 1 h 13 min

A l’heure de la lutte contre le terrorisme de la discrimination sexuelle, voila une question brûlante! Et posée pour une fois à l’envers… héhé

Tout est question d’histoire, d’usages et fait étonnant, nulle part dans la loi ne figure l’obligation pour une femme de prendre le nom de son mari, c’est même l’inverse qui est recommandé depuis la Révolution. Toutefois l’attachement à la cellule familiale et l’importance donnée à la protection de la filiation justifie que, culturellement, on choisisse un même nom pour les deux parents, manifestation de l’amour et de l’union du couple, qui prend le nom de famille que prendront aussi ses fruits. N’est-ce pas beau?

Le législateur a cependant cru bon de devoir rappeler la possibilité pour la femme (ou le mari) d’accoler leurs deux noms et de les transmettre ainsi aux enfants. Je ne peux que déplorer la stupidité borgne d’une telle loi qui, armée du fusil Egalité à un coup, n’imagine même pas que les-dits enfants se marieront un jour, et ne fait que renvoyer lâchement la gestion du problème à la génération suivante condamnée à voir la longueur de ses noms de famille gagner une puissance de 2 tous les 25 ans. Bingo, au bout d’un siècle, tous les formulaires de l’état seront passés au format A0!* Voila donc la belle lucidité de nos députés, qui ne s’occupent comme il savent faire, que des électeurs déjà nés et non de ceux à venir.

Historiquement qu’est-ce qui justifie que ce soit le nom de l’homme qui soit usuellement gardé? Le patriarcat, et peut-être aussi l’antique loi salique. N’allons pas y voir de démarche sexiste, personne à l’époque n’eut songé à s’en plaindre. Eusse été le nom de la femme à la place, il y aurait seulement eu injustice inverse et l’important, comprenons-nous, était plutôt la stabilité spatio-temporelle de la convention choisie, quelle qu’elle soit. Imaginez sinon les déboires des historiens et des généalogistes de tous poils chargés de retracer l’histoire des familles avec des noms qui valsent à chaque génération! Il n’y pas qu’eux, on n’imagine pas toutes les études génétiques, sociologiques, économiques faisant appel aux archives des vieilles familles.

Hélas aujourd’hui, alors que plus que jamais la cellule familiale se décompose et les statistiques de personnes vivant dans la solitude ou la dépression explosent littéralement, aujourd’hui on s’apprête à brouiller encore plus ce lien qui relie les personnes à leur histoire, à leurs origines**. C’est pourquoi si un jour nos féministes à court d’idées se prennent à venger les épouses brimées des millénaires passés, et imposent aux enfants le seul nom de la mère, je dirai OUI! OUI! OUI! Mais par pitié, qu’on n’en change plus…

Vous avez deviné, faute de conclusion, où va ma préférence. Car à l’inverse, imagine-t-on le désarroi d’un enfant de 5 ans à qui un copain explique que si sa maman a voulu garder son nom de jeune fille, c’est pour que ça soit plus simple administrativement en cas de divorce… Quel romantisme! Quel gage d’amour à la clé! Et que de dégâts n’occasionne-t-on pas autour de nous en n’écoutant que notre petit orgueil égoïste…

Hervé Legourvière (HerveLE)

* « Allô la CAF? Oui, j’avais demandé un acte de naissance et là j’ai un camion garé devant chez moi??? »
** Mais non! Tout est stocké dans des fichiers informatiques, pas de panique!

D’autres billets récents pourraient vous intéresser?

Sur l’objection de conscience des maires et la question du courage

Sur l’exemple du pragmatisme anglais et son application au débat sur le voile

Sur une affaire médiatique qui montre assez bien les mécanismes du politiquement correct

Sur le point commun entre OGM et embryon humain

13 août 2013

Si vous ne digérez pas les principes, prenez une dose de pragmatisme!

Classé dans : actualité,homme & femme,pensées,res publica,Valeurs — hervele @ 0 h 32 min

Parcourant le métro londonien, j’arrêtai mon regard sur la plaque fixée sous la tirette d’arrêt d’urgence. M’attendant à y voir la sèche mention d’un article de loi en punissant l’usage abusif et le rappel à la règle (qu’il est toujours tentant de défier), quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un petit texte sympathique expliquant qu’en cas de malaise il est tout à fait contre-productif d’utiliser ce dispositif parce que les secours mettraient trois fois plus de temps à arriver au beau milieu d’un tunnel qu’à la prochaine station…

Exemple insignifiant, mais absolument symptomatique du gouffre qui existe entre l’état d’esprit anglais et français au regard de la règle commune, minuscule coin de rame de métro où était symbolisé le précepte qui avait vraisemblablement porté la culture anglo-saxonne à la première place des nations depuis 3 siècles.

Le formidable ouvrage De La Démocratie en Amérique vante les mérites d’une jeune nation qui a toujours su se donner comme règle l’utilité d’une action pour la société plutôt que sa moralité. Ou alors, l’utilité avec la moralité comme effet collatéral, comme « bonus ». Mais si presque toujours les deux vont de conserve, l’utilité mène plus surement au but recherché et le principe, quoique plus noble, manque souvent sa cible*. L’idée n’est même pas anglaise et c’est notre bon Montaigne qui l’a énoncée au XVIè siècle: « Quand, pour sa droicture, je ne suyvray pas le droict chemin, je le suyvray pour avoir trouve, par expérience, qu’au bout du compte c’est communément le plus heureux et le plus utile.» Tocqueville enfonce le clou: « Je doute que les hommes fussent plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu’on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; ils n’étudiaient qu’en secret par quel côté elle est utile. (…) Aux États-Unis, on ne dit presque point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. » Il est inutile de tirer l’arrêt d’urgence, alors effectivement… personne ne s’amuse à le faire comme chez nous!

Le français dans sa grande noblesse n’a jamais daigné vendre son âme au « pragmatisme » – pouah – et y a toujours préféré l’idéal plus difficile de la vertu.

Où est-ce que je veux en venir et quelle application au débat politique?

Eh bien je dis que depuis mai 68, nous avons abandonné la vertu mais paradoxalement, de façon assez pitoyable, on n’a jamais autant hurlé au respect des principes républicains. Les principes républicains, ils sont inscrits au dessus de tous nos édifices. Hélas, il faudrait qu’un jour ils en descendent pour aller s’appliquer dans nos lois: quel principe intangible est encore respecté par l’État? Quelle autorité publique ne recule pas désormais devant l’émotion médiatique? Ne surtout pas choquer, mais la lâcheté, c’est justement quand on ne veut froisser personne et qu’on finit par tout détruire! Quand plus aucun politicien n’a le courage de démissionner après un désaveu public, quand la justice s’émeut et ne prononce que pour ménager les sensibilités et les intentions de votes communautaires, quand la laïcité se marchande comme une monnaie d’échange pour calmer un temps des revendications, quand le deux poids deux mesures et le clientélisme sont le diapason de l’action socialiste… il est temps de nous tourner vers nos ennemis jurés pour prendre une bonne leçon de pragmatisme! Et j’en suis le premier désolé, moi qui militait dans un précédent billet pour des lois affranchies du compromis, des principes clairs et intangibles…

Pourtant, dans l’affaire du voile islamique qui nous intéresse aujourd’hui, ce ne sont pas les idées qui manquent: il eut été facile de faire passer la pilule avec l’utilité de la sécurité intérieure: dissimulation = interdiction (pas de cagoules pendant les manifestations, pas de masques de Mickey pendant les braquages, pas de vitres teintées sur les voitures, pas de voile dans l’espace public**). Il eut été possible, quoique plus cocasse, d’interdire pour l’hygiène, le problème du manque de vitamine D, les risques accrus de noyades, la sécurité routières des piétons, l’absence de bandes réfléchissantes la nuit, que sais-je encore! Ça, c’est le pragmatisme, ça apaise, ça permet d’avancer, mais ça ne marche pas chez nous…

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

*Plus loin: « L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine. S’accommodant merveilleusement aux faiblesses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu’elle retourne l’intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l’aiguillon qui les excite. La doctrine de l’intérêt bien entendu ne produit pas de grands dévouements; mais elle suggère chaque jour de petits sacrifices; à elle seule, elle ne saurait faire un homme vertueux; mais elle forme une multitude de citoyens, réglés, tempérants, modérés, prévoyants, maîtres d’eux-mêmes; et, si elle ne conduit pas directement à la vertu par la volonté, elle en rapproche insensiblement par les habitudes. Si la doctrine de l’intérêt bien entendu venait à dominer entièrement le monde moral, les vertus extraordinaires seraient sans doute plus rares. Mais je pense aussi qu’alors les grossières dépravations seraient moins communes. La doctrine de l’intérêt bien entendu empêche peut-être quelques hommes de monter fort au-dessus du niveau ordinaire de l’humanité; mais un grand nombre d’autres qui tombaient au-dessous la rencontrent et s’y retiennent. Considérez quelques individus, elle les abaisse. Envisagez l’espèce, elle l’élève. »

**il ne s’agit aucunement d’une comparaison, juste une énumération…

 

16 juillet 2013

OGM, embryon humain… avec quel crayon tracer la limite?

Classé dans : actualité,pensées,Valeurs — hervele @ 22 h 19 min

Qu’est-ce qui peut bien pousser les parlementaires de gauche, le même jour à interdire les recherches sur les OGM et à autoriser celles sur l’embryon humain? J’avais déjà dénoncé sur ce site la contradiction des positions écologistes sur ces deux questions. Bien sûr, on n’en est pas encore à faire des OGM humains, mais la ligne est franchie et je ne vois pas de raison suffisante de s’arrêter en un point précis entre les deux rives que sont le moratoire complet sur nos embryons et en face le bidouillage généralisé du matériau humain.

La loi est ainsi faite qu’elle a besoin de tracer des limites entre des notions, et lorsque ces limites sont difficiles à établir elle fait toujours mieux de les tracer de façon exagérée trop d’un côté ou de l’autre, plutôt que de les tracer arbitrairement au milieu, car au milieu point de haut-fond où jeter l’ancre.

Ainsi en est-il, exemple frappant, du droit d’avorter établi, de façon totalement arbitraire à 14 (ou 22 pour l’IMG) semaines maximum (est-ce issu d’un compromis entre deux lobbies?), parce que voyez-vous, il ne se passe rien de spécial à 14 ou 22 semaines. Ce délai étant régulièrement prolongé, un peu comme pour le tunnel sous la manche on voit venir le jour inéluctable où il rejoindra le moment où la médecine arrive à faire naître des bébés prématurés (aujourd’hui c’est 21 semaines)… situation étrange où un bébé serait viable mais on aurait droit de vie et de mort dessus?… Aussi la loi gagnerait à grossir le trait, et à déclarer tout avortement* illégal ou bien tout avortement autorisé jusqu’à la naissance (aucun jugement de ma part ici sur lequel serait bon ou mauvais). Mais là encore, qu’y a-t-il de si différent entre une minute avant la naissance et une minute après? Rien, au fond, si ce n’est les 30cm qui séparent l’utérus de la sortie! **

Il en est ainsi de la loi sur la fin de vie (quelle distinction entre laisser mourir et arrêter d’alimenter…), de la loi sur les OGM (un OGM « naturel » est-il un OGM?), la GPA plus ou moins permise, la limite de 2 mois pour l’application réelle d’une peine de prison, le cannabis (pénalisé, mais toléré ans les salles spéciales) etc. de tout un tas de lois… Rien n’est plus frustrant que le flou législatif, le fameux « interdit-autorisé » qu’il crée autour de lui, parce que l’ancre est mal arrimée au fond et le flot fait balloter le navire. Assumer nos choix sociétaux et scientifiques, ne pas laisser nos voisins, la conjoncture, les cas particuliers ou les modes passagères de la population perturber ces choix par des frontières légales mal bâties, des principes clairs bafoués au prix du compromis.

Mais avant toute chose, pour qu’une loi soit solide, il faut que les mots qui la composent le soient aussi. Le mot « sociétal » qui  n’existait pas en 1958, au moment de l’écriture de la Constitution, a pourtant été utilisé par Hollande pour justifier l’impossibilité d’un référendum sur le mariage. Un mot, rien qu’un petit mot, dont le sens est flou, peut sceller un choix majeur de civilisation.

Or  « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté«  a dit Confucius. Phrase à méditer plus que jamais.

 

Hervé Legourvière (HerveLE)

* hors vie de la mère en danger par exemple qui constitue un cas très clair.

** Et si j’étais vraiment cynique, je rajouterais que la prochaine limite claire que j’aperçois, la prochaine terre ferme à l’horizon, c’est le moment où l’enfant acquière la conscience de lui-même et par là même la caractéristique fondamentale de l’espèce humaine. Donc il serait presque plus logique d’autoriser l’avortement jusqu’aux 3 ans de l’enfant qu’à sa naissance… allons bon!

25 juin 2013

« J’vais le dire à mes parents » contre « même pas mal »: résumé désabusé des relations internationales

Classé dans : pensées — hervele @ 2 h 22 min

Pourquoi a-ton parfois l’impression que les pays se comportent entre eux comme des enfants dans une cour de récréation? Alors qu’une nouvelle version de la guerre froide est en train de se dessiner en Syrie (OTAN vs RUSSIE, avec des complications locales), alors que les conférences de paix se font dans des hôtels de plus en plus luxueux, avec toujours plus de petits-fours et de discussions courtoises dans le langage feutré et alambiqué qui est celui des ambassades, les relations entre états demeurent désespérément dans le registre comportemental d’un enfant de 8 ans, starring:

- La loi du talion et son éternel cycle de vengeances (tu m’as volé ma bille, je te vole ton yo-yo, etc.)

- Le donnant/donnant: pas question que je fasse une bonne action avant que toi tu en fasses une, donc statu quo.

- Le chantage: je ne t’inviterai jamais à ma boum tant que tu ne feras pas ça et ça… et son pendant, la protection mafieuse: tu n’as pas à t’inquiéter et on est en bonnes relations tant que…

- Le manichéisme: si tu n’es pas avec nous tu es contre nous.

- L’intimidation: je peux appeler mon grand-frère si je veux.

L’exemple récent des velléités nucléaires de l’Iran (de la méfiance d’Israël et de son grand frère américain) ou encore des sanctions commerciales de type « Talion » entre la Chine et l’Europe étaient assez édifiant de ce point de vue.

La réponse est peut-être simple, simple comme de dire que plus les intérêts en jeu s’accroissent, plus le type de relation s’appauvrit et se radicalise, ou que cela tient au fait que les États souverains ne peuvent pas être assimilés à des individus d’une société qui se soumettent à une loi commune décidée à la majorité et garantissant un ordre juste. La loi qui s’applique entre pays souverains est la loi du plus fort, point. Au reste il est intéressant de se demander alors pourquoi partant d’un état de nature (Rousseau) soumis à la violence les états n’ont pas suivi la même trajectoire en se mettant d’accord sur une gouvernance commune, en déléguant leur souveraineté à un pouvoir supérieur. Pourquoi l’Europe ne fonctionne-t-elle pas? N’est-ce pas que le risque encouru par un individu qui sort de la société est tout simplement la mort, alors qu’il est moindre pour un état, toujours capable de vivre en autarcie… ou de survivre sous le joug d’un autre?

Est-ce que, au contraire, l’éloignement de l’éventualité d’une guerre (l’annihilation d’un plus faible par un plus fort) entre nations occidentales n’a pas justement conduit à ce durcissement des relations, à ce jeu d’esbroufe et d’intimidation qui vient remplacer l’affrontement direct entre blocs alliés?

Mais ce ne sont là que des hypothèses lancées en l’air.

On aimerait, hélas, voir de temps à autres des comportements altruistes, de la « politesse » que diable! On aimerait qu’un jour un pays ayant reçu une aide financière ou une remise de dette fasse un remerciement public aux citoyens du pays créditeur. Eh quoi, est-ce parce que la bonne action était motivée par des raisons peu avouables que le receveur se passe de remerciement? Que de mauvaise éducation dans les relations internationales: A quand des excuses pour un avion détruit à la frontière?

Qu’est-ce que cela ferait du bien d’entendre un dirigeant jouer le jeu de la vérité: « voila, nous ne signons pas ce traité car nous n’avons pas envie de froisser tel pays et nous avons peur d’être en position de faiblesse »…au lieu des sempiternels mots creux et concepts fleuves. Mais je m’égare et j’idéalise.

Toujours est-il que la cour de récréation, ça a toujours plu aux masses. Les peuples se flattent de voir leur chef déclarer en substance « si tu me touches, je te tape très fort ». Et je me demande si en démocratie les citoyens ne sont pas « gavés », saturés de vivre au quotidien dans des relations bridées, feutrées et hypocrites (qu’est-ce que la politesse, sinon de l’hypocrisie?) et alors une part d’eux-mêmes rêve d’en découdre avec cette loi du plus fort, de se frotter à l’autre! Ça doit être la raison pour laquelle la politique internationale occupe autant de pages dans les journaux quotidiens.

  Herve Legourvière (LerveLE)

Cocoa5badge |
Gouvirdc |
Thibaultvillalta |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Honfleur2014
| Dans les coulisses de Bruxe...
| iya wis ola papa