19 décembre 2013

problème => embauche de fonctionnaires => solution

Classé dans : parodie,pensées,res publica — hervele @ 2 h 19 min

Il est un mal profondément français qui mérite quelques mots tant il participe à ce climat délétère qui règne en France au regard du respect de la règle commune. Oui, nous avons un gros problème avec le respect de la loi dont la cause m’est, malheureusement, inconnue. Est-ce notre esprit gaulois qui fronde le « dura lex sed lex » palatin? Est-ce le méchant héritage de mai 68 qui interdit d’interdire d’interdire d’interdire? Mais passons. Je dis souvent qu’il n’y a qu’une chose qui m’énerve plus qu’une mauvaise loi, c’est une mauvaise loi non respectée.

Ainsi en va-t-il du code de la route transformé petit à petit en « charte de vivre-ensemble convivial entre piétons et automobilistes ». Je dois dire que les socialistes, généralement les plus arrangeants avec le respect de la règle, ont fait de l’empathie et de la non-stigmatisation un droit opposable à la loi républicaine.

Pourtant c’est simple: 4ème classe, 135euros, 4 points

il y a, en France, un peu moins de 1300 procès verbaux par an pour l’infraction de refus de priorité à un piéton. C’est l’exemple que j’ai choisi pour illustrer mon billet, pour plus de détails voir ici. A comparer aux 21 millions de flashs pour excès de vitesse, cela juste… anecdotique. On imagine d’ailleurs la conversation entre deux gendarmes après la 5ème bière au bar:

« eh, Robert, chiche demain pour rigoler on verbalise un pauvre gars pour refus de priorité à un piéton?
- …? ça existe ce truc?
- oooh oui, c’est classe 4! La dernière fois j’avais fait la blague à l’adjoint au maire, il était fou! »

Mettons, estimation basse, qu’un français moyen traverse 5 passages cloutés par jour. Mettons qu’une fois sur 2 il laisse passer au moins une voiture avant de s’engager, ce qui est un abandon de priorité (=un PV pourrait être dressé). Un automobiliste refusant la priorité à un piéton a donc moins d’une chance sur 130 000 d’être verbalisé. J’aimerais qu’on me trouve une infraction aussi peu punie que celle-là*.
Double sentiment d’injustice, donc, pour les automobilistes malchanceux qui font partie des 1300 pigeons, et pour les honnêtes automobilistes qui voient les autres enfreindre joyeusement et impunément la règle. D’ailleurs la mimique de reconnaissance étonnée de la plupart des piétons lorsqu’on les laisse passer en dit suffisamment long…

Donc le non-respect de la priorité au piéton est puni par la loi. Chiche. Mais il aura fallu, devant l’ignorance manifeste de cette règle (dixit des blogs de sécurité routière), pondre un nouveau texte rappelant la loi existante. On comprendra que quand la police ne fait pas son travail, le législateur le fait à sa place est est payé pour « rappeler » que des lois existent… (facepalm)…

Légifrance – Loi rectificative du 18 décembre 2013 N°183 – 112 heures de débat

- Article unique –

« La loi d’avant est toujours en vigueur les gars, tenez-vous-le pour dit. »

Face à ce manque de civisme patent des automobilistes (et probablement après quelque fait divers tragique ayant ému la population et occasionné des cauchemars à Valérie Trierweiler), les maires de France ont décidé de frapper fort car il fallait sévir du poing sur la table: on a donc appliqué la méthode N°1 de résolution des problèmes en France: l’embauche de fonctionnaires. De police? Non non. Non. Ben non, voyons! On n’est pas des fascistes quand même! On embauche des gens payés pour faire le même boulot que les petites loupiotes clignotantes du passage piéton.

pompons

Effectivement, remplacer une ampoule qui coûte 30€/an en électricité par un emploi mi-temps, ça a le double effet kisskool d’augmenter artificiellement le PIB de la France de 15000€/an alors et d’augmenter de un l’effectif syndical à la mairie (frottage de mains). Au même moment, des ministres du « redressement productif » expliquent qu’il faut innover, produire à haute valeur ajoutée, être efficaces, automatiser nos industries, etc. LOL.

Bref, loin de moi l’idée de critiquer le travail de ces personnes (qui s’acquittent sûrement de leur mieux de la tâche qui leur est confiée), mais constatons qu’à chaque rentrée scolaire on voit fleurir ce genre de super-héros de la famille en poussette, gilet jaune et panonceau au clair, qui s’interpose au flux agressif d’automobilistes. Vous aurez sans doute remarqué que plus vous freiniez gentiment pour laisser passer le piéton, plus le super-héros s’interposait de façon manifeste et véhémente, comme s’il voulait signifier: « hé ho c’est moi qui te dis de t’arrêter tu vas pas commencer à menacer mon emploi! » Personne ne s’est demandé si le message reçu inconsciemment par l’automobiliste n’était pas: « ah bon, voila un type qui me dit quand m’arrêter donc quand il est pas là je fonce ».

Voilà, la Grande Déresponsabilisation est en marche, une fois de plus. L’état vous tient la main même quand vous traversez.

On aura surement, dans les années qui viennent, des embauches d’hommes-feux-rouges, d’hommes-stop, d’homme-rond-point… enfin, je n’ai qu’une peur, c’est que Ségolène Royal réclame soudain des droits d’auteur sur une idée qui, après tout, est la sienne à elle, celle de raccompagner chaque policier chez lui par un autre policier, ouvrant la voie au mouvement perpétuel régalien.

Hervé Legourvière

* peut etre la haute trahison?

17 octobre 2013

Hurlez ou mourez: voici la politique-arbitre

Classé dans : actualité,pensées,res publica,Valeurs — hervele @ 17 h 17 min

Notre démocratie est-elle devenue un nid d’oisillons hurlant pour leur pitance, leurs droits, leurs « bisous » ? Nous assistons, presque impuissants, à une évolution dangereuse qui avait pourtant été prédite il y a plus de 150 ans par Tocqueville. Analyse.

Hurlez ou mourez: voici la politique-arbitre dans actualité oisillons_an-150x150

Un nid avec des oisillons qui s’égosillent à qui mieux mieux. Ceux qui hurlent, les oisillons obèses, obtiennent la bouillie de leur maman, et poussent les autres par dessus bord ou les laissent dépérir misérablement…Voici la vision qui me vient à l’esprit lorsque je pense au fonctionnement de notre démocratie.

Partout, des groupes se lèvent pour réclamer de nouveaux droits. Les oisillons se font plus véhéments… Parfois ils en redemandent sans même avoir faim, des droits per se, en collectionneur compulsif. Attention! La somme des droits des individus, en démocratie, loin d’un champ sans limites est tout au plus un jardin clos de murs qu’il faut, comme le brownie, partager. Tout nouveau droit s’acquiert au détriment d’un autre, comme le droit au logement vient grignoter le droit de propriété, et comme le droit au mariage gay grignote le droit des enfants à un père et une mère.

Droit contre droit, lobby contre lobby, voila l’étendue des vains combats à venir dont la société américaine nous montre un avant-goût. L’avènement d’une telle société, judiciarisée au maximum, nous usera en frottements inutiles et en division des uns contre les autres, divisions dont se délecteront les politiques et les médias avides de bonnes aubaines électorales et de manichéisme facile. Une société diabolique, dans son sens étymologique de « celui qui divise« .

Garant historique de l’abolition du droit du plus fort, ainsi que le proclamait Rousseau dans son Contrat Social, l’Etat socialiste (car les précédents gouvernements l’étaient aussi) vient entériner un nouveau droit du plus fort dans celui qui sera le plus « revendicatif ». Régression démocratique inédite qui institue le citoyen lambda a-communautaire comme le nouveau « serf » de la société, celui qui n’a plus que des dîmes à payer et des devoirs aux droits atrophiés par les autres oisillons. Le français d’origine, mâle, blanc, hétérosexuel, petit employé non syndiqué de zone rurale est le nouveau maillon faible. Ou la femme seuleavec ses enfants, au physique quelconque et dans pauvreté: elle n’a l’oreille de personne. Les derniers servis, les sans-voix sont ceux qui ne sont pas encore nés, générations futures victimes du relativisme qui se font carrément évacuer leur œuf du nid, sont plus méprisées chaque jour: retraites à payer, dette à éponger… Ne dit-on pas pourtant que le degré de civilisation se mesure à la façon dont une société traite ses plus faibles?

Ouvrez un dictionnaire des blagues d’il y a vingt ans. Combien d’entre elles oseriez-vous faire en public devant un micro sans au préalable avoir appelé un bon avocat pour qu’il vous dise si vous avez le droit de rire de telle ou telle groupe social.

L’exemple le plus frappant est sans doute tiré de l’homosexualité. Il n’y avait jamais eu, jusqu’à date récente, de « communauté gay » constituée. Il n’existait pas, en face, de mot pour désigner un couple homme-femme, c’était juste… un couple normal. Contre cette normalité au sens pourtant statistique de « majorité numéraire », les homosexuels regroupés en communauté « discriminée » par les moqueries potaches (et un certain nombre de passages à l’acte plus graves dont il serait salutaire d’analyser la psychologie, phobie ou  peur, la peur étant l’incompréhension qui vient de l’absence de communication), incertaine embarcation qu’il a fallu flanquer d’une bouée « bi » et d’une bouée « trans », de déclarer un jour: « vous autres les couples normaux, vous êtes en fait des « hétérosexuels« ! PAF! Et que je te communautarise d’un coup de novlangue! L’objectif d’abattre la norme: atteint. Voire même un peu trop atteint et ça, ils ne l’avaient pas calculé: en supprimant la « norme », le père quoi, vous vous retrouvez à présent avec un frère…. rival et ennemi juré: une autre communauté, les hétérosexuels, qui se découvre elle aussi revendicatrice et, bien plus nombreuse dans les manifestations, donc dangereuse! Une communauté trop revendicatrice en fabrique une opposée par réaction.

De même les féministes, qui demandent la parité, risquent de se voir bientôt refuser les professions où elles étaient naturellement majoritaires! Les immigrés, se sont créé un ennemi dans le peuple plus ou moins imaginaire des « français de souche »; les blondes victimes de « stéréotypes », entraînent les roux dans leur sillage victimes eux de roucisme (terme officialisé), les syndicats refusant le travail du dimanche se voient contester leur domination par les salariés eux-mêmes, qui à leur tour se mettent à dos les artisans, forcés d’ouverture le dimanche sous peine de faillite, les clubs de foots qui font des pieds et des « mains » (pour une fois qu’ils peuvent lol) pour échapper à la taxe à 75%… Chacun se constituant en association, des pigeons, poussins, ou autres tondus rassemblent à présent les professions libérales contre les professions garanties. Que fait l’Etat? Il discute avec le premier arrivé, cherche à éviter le moussage médiatique, pis fait machine arrière toute lorsque arrive le second… Couac couac.

« J’entends ceux qui manifestent, mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas«  assénait Villepin au moment du CPE. Phrase ô combien prophétique et à la fois déjà dépassée par la facilité déconcertante avec laquelle on crée maintenant un groupe facebook de 10000 personnes. Jadis, on entendait surtout ceux qui disaient « NON », maintenant c’est tout le monde, et voila une belle cacophonie ma foi! Une petite voix timide, sourde, disparaît dans le brouhaha, celle de l’intérêt général, qu’on serait d’ailleurs bien en peine de définir dans un micro-trottoir. Oui, car le « droit à » est devenu le dernier supermarché où l’on peut encore faire ses courses lorsqu’on a perdu tout pouvoir d’achat et tout projet commun. Frédérik Hayek l’avait prophétisé il y a un demi-siècle: voir ici.

Or il est gênant pour le pouvoir en place de découvrir que chaque citoyen a vocation à appartenir à plusieurs groupes constitués (par exemple: un médecin, homosexuel, automobiliste, parent d’élève, et catholique). En faisant cette constatation, le pouvoir découvre une nouvelle source de mécontentement profond et de baisse de popularité: un parti politique verra ses seuls soutiens indéfectibles dans ceux des citoyens dont toutes les appartenances sont « satisfaites » par le programme. On comprend vite, dès lors, qu’en élevant 0,5 à la puissance nn étant le nombre d’appartenances, on tend rapidement vers zéro.

Multiplication des communautarismes en lieu et place de la confiance en l’intérêt général 

impopularité et défiance croissante envers le politique

L’homme politique en est réduit à l’impopularité d’un arbitre de match de foot

…réduit à des bains de foule derrière une grille ou une voiture blindée

La voie de sortie est délicate devant un tel emballement: le retour à la réalité risque d’être violent pour un citoyen « drogué » à se voir acheté par des « bisous », comme dirait un célèbre bloggeur… Je prescris donc une cure de recul médiatique sur le fil d’actualité, une leçon d’apprentissage à dire « non » aux lobbies, une cuillère de patriotisme, et une séance de reprise en main de notre souveraineté qui nous échappe. Véritables OVNIs du paysage, sachons écouter ces deux ou trois hommes politiques qui n’ont jamais retourné leur veste depuis 30 ans et dont les médias ne parlent plus parce qu’ils disent justement toujours la même chose… ils pourraient, ceux-là, détenir une parcelle de cette sagesse perdue, de ce Graal de l’intérêt général aujourd’hui dévoyé.

Hervé Legourvière. Vous aimerez également mes autres billets :

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13 août 2013

Si vous ne digérez pas les principes, prenez une dose de pragmatisme!

Classé dans : actualité,homme & femme,pensées,res publica,Valeurs — hervele @ 0 h 32 min

Parcourant le métro londonien, j’arrêtai mon regard sur la plaque fixée sous la tirette d’arrêt d’urgence. M’attendant à y voir la sèche mention d’un article de loi en punissant l’usage abusif et le rappel à la règle (qu’il est toujours tentant de défier), quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un petit texte sympathique expliquant qu’en cas de malaise il est tout à fait contre-productif d’utiliser ce dispositif parce que les secours mettraient trois fois plus de temps à arriver au beau milieu d’un tunnel qu’à la prochaine station…

Exemple insignifiant, mais absolument symptomatique du gouffre qui existe entre l’état d’esprit anglais et français au regard de la règle commune, minuscule coin de rame de métro où était symbolisé le précepte qui avait vraisemblablement porté la culture anglo-saxonne à la première place des nations depuis 3 siècles.

Le formidable ouvrage De La Démocratie en Amérique vante les mérites d’une jeune nation qui a toujours su se donner comme règle l’utilité d’une action pour la société plutôt que sa moralité. Ou alors, l’utilité avec la moralité comme effet collatéral, comme « bonus ». Mais si presque toujours les deux vont de conserve, l’utilité mène plus surement au but recherché et le principe, quoique plus noble, manque souvent sa cible*. L’idée n’est même pas anglaise et c’est notre bon Montaigne qui l’a énoncée au XVIè siècle: « Quand, pour sa droicture, je ne suyvray pas le droict chemin, je le suyvray pour avoir trouve, par expérience, qu’au bout du compte c’est communément le plus heureux et le plus utile.» Tocqueville enfonce le clou: « Je doute que les hommes fussent plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu’on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; ils n’étudiaient qu’en secret par quel côté elle est utile. (…) Aux États-Unis, on ne dit presque point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. » Il est inutile de tirer l’arrêt d’urgence, alors effectivement… personne ne s’amuse à le faire comme chez nous!

Le français dans sa grande noblesse n’a jamais daigné vendre son âme au « pragmatisme » – pouah – et y a toujours préféré l’idéal plus difficile de la vertu.

Où est-ce que je veux en venir et quelle application au débat politique?

Eh bien je dis que depuis mai 68, nous avons abandonné la vertu mais paradoxalement, de façon assez pitoyable, on n’a jamais autant hurlé au respect des principes républicains. Les principes républicains, ils sont inscrits au dessus de tous nos édifices. Hélas, il faudrait qu’un jour ils en descendent pour aller s’appliquer dans nos lois: quel principe intangible est encore respecté par l’État? Quelle autorité publique ne recule pas désormais devant l’émotion médiatique? Ne surtout pas choquer, mais la lâcheté, c’est justement quand on ne veut froisser personne et qu’on finit par tout détruire! Quand plus aucun politicien n’a le courage de démissionner après un désaveu public, quand la justice s’émeut et ne prononce que pour ménager les sensibilités et les intentions de votes communautaires, quand la laïcité se marchande comme une monnaie d’échange pour calmer un temps des revendications, quand le deux poids deux mesures et le clientélisme sont le diapason de l’action socialiste… il est temps de nous tourner vers nos ennemis jurés pour prendre une bonne leçon de pragmatisme! Et j’en suis le premier désolé, moi qui militait dans un précédent billet pour des lois affranchies du compromis, des principes clairs et intangibles…

Pourtant, dans l’affaire du voile islamique qui nous intéresse aujourd’hui, ce ne sont pas les idées qui manquent: il eut été facile de faire passer la pilule avec l’utilité de la sécurité intérieure: dissimulation = interdiction (pas de cagoules pendant les manifestations, pas de masques de Mickey pendant les braquages, pas de vitres teintées sur les voitures, pas de voile dans l’espace public**). Il eut été possible, quoique plus cocasse, d’interdire pour l’hygiène, le problème du manque de vitamine D, les risques accrus de noyades, la sécurité routières des piétons, l’absence de bandes réfléchissantes la nuit, que sais-je encore! Ça, c’est le pragmatisme, ça apaise, ça permet d’avancer, mais ça ne marche pas chez nous…

Hervé Legourvière (HerveLE)

 

*Plus loin: « L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine. S’accommodant merveilleusement aux faiblesses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu’elle retourne l’intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l’aiguillon qui les excite. La doctrine de l’intérêt bien entendu ne produit pas de grands dévouements; mais elle suggère chaque jour de petits sacrifices; à elle seule, elle ne saurait faire un homme vertueux; mais elle forme une multitude de citoyens, réglés, tempérants, modérés, prévoyants, maîtres d’eux-mêmes; et, si elle ne conduit pas directement à la vertu par la volonté, elle en rapproche insensiblement par les habitudes. Si la doctrine de l’intérêt bien entendu venait à dominer entièrement le monde moral, les vertus extraordinaires seraient sans doute plus rares. Mais je pense aussi qu’alors les grossières dépravations seraient moins communes. La doctrine de l’intérêt bien entendu empêche peut-être quelques hommes de monter fort au-dessus du niveau ordinaire de l’humanité; mais un grand nombre d’autres qui tombaient au-dessous la rencontrent et s’y retiennent. Considérez quelques individus, elle les abaisse. Envisagez l’espèce, elle l’élève. »

**il ne s’agit aucunement d’une comparaison, juste une énumération…

 

16 juillet 2013

OGM, embryon humain… avec quel crayon tracer la limite?

Classé dans : actualité,pensées,Valeurs — hervele @ 22 h 19 min

Qu’est-ce qui peut bien pousser les parlementaires de gauche, le même jour à interdire les recherches sur les OGM et à autoriser celles sur l’embryon humain? J’avais déjà dénoncé sur ce site la contradiction des positions écologistes sur ces deux questions. Bien sûr, on n’en est pas encore à faire des OGM humains, mais la ligne est franchie et je ne vois pas de raison suffisante de s’arrêter en un point précis entre les deux rives que sont le moratoire complet sur nos embryons et en face le bidouillage généralisé du matériau humain.

La loi est ainsi faite qu’elle a besoin de tracer des limites entre des notions, et lorsque ces limites sont difficiles à établir elle fait toujours mieux de les tracer de façon exagérée trop d’un côté ou de l’autre, plutôt que de les tracer arbitrairement au milieu, car au milieu point de haut-fond où jeter l’ancre.

Ainsi en est-il, exemple frappant, du droit d’avorter établi, de façon totalement arbitraire à 14 (ou 22 pour l’IMG) semaines maximum (est-ce issu d’un compromis entre deux lobbies?), parce que voyez-vous, il ne se passe rien de spécial à 14 ou 22 semaines. Ce délai étant régulièrement prolongé, un peu comme pour le tunnel sous la manche on voit venir le jour inéluctable où il rejoindra le moment où la médecine arrive à faire naître des bébés prématurés (aujourd’hui c’est 21 semaines)… situation étrange où un bébé serait viable mais on aurait droit de vie et de mort dessus?… Aussi la loi gagnerait à grossir le trait, et à déclarer tout avortement* illégal ou bien tout avortement autorisé jusqu’à la naissance (aucun jugement de ma part ici sur lequel serait bon ou mauvais). Mais là encore, qu’y a-t-il de si différent entre une minute avant la naissance et une minute après? Rien, au fond, si ce n’est les 30cm qui séparent l’utérus de la sortie! **

Il en est ainsi de la loi sur la fin de vie (quelle distinction entre laisser mourir et arrêter d’alimenter…), de la loi sur les OGM (un OGM « naturel » est-il un OGM?), la GPA plus ou moins permise, la limite de 2 mois pour l’application réelle d’une peine de prison, le cannabis (pénalisé, mais toléré ans les salles spéciales) etc. de tout un tas de lois… Rien n’est plus frustrant que le flou législatif, le fameux « interdit-autorisé » qu’il crée autour de lui, parce que l’ancre est mal arrimée au fond et le flot fait balloter le navire. Assumer nos choix sociétaux et scientifiques, ne pas laisser nos voisins, la conjoncture, les cas particuliers ou les modes passagères de la population perturber ces choix par des frontières légales mal bâties, des principes clairs bafoués au prix du compromis.

Mais avant toute chose, pour qu’une loi soit solide, il faut que les mots qui la composent le soient aussi. Le mot « sociétal » qui  n’existait pas en 1958, au moment de l’écriture de la Constitution, a pourtant été utilisé par Hollande pour justifier l’impossibilité d’un référendum sur le mariage. Un mot, rien qu’un petit mot, dont le sens est flou, peut sceller un choix majeur de civilisation.

Or  « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté«  a dit Confucius. Phrase à méditer plus que jamais.

 

Hervé Legourvière (HerveLE)

* hors vie de la mère en danger par exemple qui constitue un cas très clair.

** Et si j’étais vraiment cynique, je rajouterais que la prochaine limite claire que j’aperçois, la prochaine terre ferme à l’horizon, c’est le moment où l’enfant acquière la conscience de lui-même et par là même la caractéristique fondamentale de l’espèce humaine. Donc il serait presque plus logique d’autoriser l’avortement jusqu’aux 3 ans de l’enfant qu’à sa naissance… allons bon!

5 juillet 2013

Faut-il avoir peur du risque nucléaire (militaire)?

Classé dans : actualité,pensées — hervele @ 14 h 40 min

Risques de crise nucléaire en Iran et en Corée du Nord: quelques réactions en vrac (et non en chaîne)

Faut-il avoir peur du risque nucléaire?

Il faut bien admettre que depuis l’attaque de deux villes japonaises par little boy et fat boy, les « nukes » n’ont fait aucune victime intentionnelle en 70 ans. On a eu des crises, oui, avec le point culminant à Cuba en 1962 où on aurait frôlé la catastrophe. Mais existe-t-il une menace qui s’est aussi peu concrétisée et qui pourtant a fait l’objet d’autant de scénarios hollywoodiens?

C’est pourquoi j’affirme, avec aplomb (c’est pour me protéger des radiations), que l’invention de l’arme nucléaire mériterait sérieusement le prix Nobel de la Paix. Certaine m’accuseront d’être totalement cynique envers les victimes japonaises, j’en suis conscient et leur sort a été dramatique bien entendu. Il est toujours délicat de donner du poids aux victimes qu’il n’y a pas eu et l’humanité est bien peu prolixe en remerciements pour des gens qui ne se rendent pas compte qu’ils ont été sauvés à un moment donné. Tout comme les accidents de la route où on parle de « 300 victimes évitées » on est toujours un peu dans du virtuel. On ne pourrait hélas confirmer qu’elles ont été vraiment évitées que le jour où un type inventera la machine à voyager dans le temps.

Bref, j’affirme également que l’Europe ne doit le demi-siècle de paix ininterrompue qui a suivi sa construction, qu’à la présence de deux blocs d’hyper-puissances tous deux munis de l’arme atomique. Qui peut affirmer qu’un conflit franco-allemand n’aurait pas pu se reproduire, sans la menace nucléaire planant, telle une épée de Damoclès, sur les partis en présence?

D’un point de vue purement « mathématique »: vous pouvez retrancher 200 000 soldats de 300 000, vous pouvez comparer des tank avec des avions, mais la capacité de destruction presque « infinie » de la bombe fait que l’infini sur l’infini restera toujours indéterminé. C’est finalement ce qui, la plupart du temps, dissuade d’attaquer. Bombe H contre bombe H, on ne pourra jamais savoir qui sera le vainqueur (il n’en aura probablement pas d’ailleurs). La seule utilisation* de l’arme, au Japon, restera il y a fort à parier unique dans l’histoire, et vient surtout du fait qu’ils étaient les seuls à l’avoir à l’époque!

Étonnant de s’imaginer qu’un tel instrument de mort a peut-être sauvé 10 fois plus de gens qu’il n’en a tué.

*intentionnelle, militaire, je ne parle pas d’un accident ou d’un acte terroriste

 Herve Legourvière (HerveLE)

3 juillet 2013

Que se passerait-il si tout le monde avait son bac+5?

Classé dans : économie,pensées — hervele @ 18 h 47 min

Les meilleurs élèves du lycée obtenaient parfois un 21/20 grâce à la question « bonus ». Fair enough! Cette pratique alors anecdotique a été érigée en règle dans l’épreuve du baccalauréat aujourd’hui et les circulaires internes demandent aux correcteurs de noter non plus sur 20, mais sur 24, cela fait quand même une hausse de plus de 15%. Cela n’a pas l’air de trop choquer les gens, et pourtant. Et pourtant… c’est ce qu’on appelle en économie, sans tourner autour du pot, une dévaluation en bonne et due forme. Tu as une note de 18? Pas de chance, elle n’en vaut plus que 15 maintenant… La dévaluation en économie est efficace (Chine, Suède…), elle renchérit le cout de la denrée étrangère, et rend plus compétitive à l’export (elle n’est bien entendu efficace que si les voisins ne font pas la même chose!). Nos étudiants titulaires du nouveau « bac » seraient-ils plus compétitifs? Hélas rien d’équivalent dans le domaine humain… Il est regrettable que la France pratique sans vergogne la dévaluation éducative, vouée à l’échec, et ne l’envisage pas dans le domaine monétaire où cela serait salutaire. Ce qu’on constate, et d’une façon générale dans des domaines aussi divers que l’éducation, la culture, l’intégration des minorités, le déficit des comptes publics, et j’en passe, c’est un abandon généralisé de nos niveaux d’exigence.

Dévaluation éducative égal plus de diplômes et d’années d’études pour quoi?

La hausse continuelle des taux de réussite au bac, le nombre croissant des étudiants faisant des études supérieures toujours plus longues pour au final mendier un stage devrait inciter tout observateur possédant 2 bras,  2 jambes et un cerveau à se poser certaines questions prudentes:

1°) Est-il vrai que notre société a besoin de personnes toujours plus qualifiées? Pourtant cela fait un bout de temps que la structure de notre économie est stable (avec une désindustrialisation en fond de tableau mais passons)

2°) A quoi sont censées servir toutes ces années d’études supplémentaires?A qualifier les gens dans un domaine toujours plus précis, ou au contraire à leur donner une culture générale la plus large possible, c’est-à-dire les « élever intellectuellement » pour qu’ils soient de meilleurs citoyens?

3°) En quoi un système d’il y a 40 ans (où le bac était une garantie suffisante sur votre CV pour vous faire embaucher dans n’importe quelle boite du CAC40 sur-le-champ), est-il forcément inférieur à un système où on vous traine d’entretien en entretien pour finir par vous avouer qu’un type avec un double master génie des procédés-philosophie, la pratique d’une 4è langue et président d’un club de dégustation de vin vous a finalement damé le pion? (et sous-question 2: En quoi l’argument des gens qui me traitent de « réactionnaire nostalgique d’une époque révolue » est-il pertinent?)

4°) Si tout le monde doit faire des études supérieures, alors pourquoi ne pourrait-on pas tout simplement mettre le bac après le master? (article intéressant à ce sujet trouvé ici sur le rôle du bac)

5°) On dit toujours que le travail est ce qu’il y a de plus formateur… non?

6°) Accepter un travail sous-qualifié ne crée-t-il pas un mal-être, un manque de valorisation voire une dépression? (sisi)

7°) Qui est censé assumer la charge toujours croissante d’un enfant à la maison pendant X années supplémentaires à l’heure où les solidarités générationnelles disparaissent et où même les parents sont touchés par la crise?

8°) Alors qu’on sait très bien qu’une économie a besoin de main d’œuvre peu qualifiée, que le manque d’ouvriers en début de chaîne est un frein énorme à la croissance, pourquoi est-ce tabou de parler du rôle de l’immigration alors qu’on sait très bien que les immigrés prennent en majorité ces emplois peu qualifiés? Qui a voulu cela, qui soutient cette dynamique et quels intérêts sont derrière? (question qui est soulevée par un lecteur qui aurait été sur des sites « nauséabonds »).

9°) Si je fais trop d’années d’études, est-ce que je ne risque pas de ne jamais avoir assez de trimestres pour ma retraite?

Bref, dévaluation, dilution des études sur un temps plus long (la relativité sans doute…), courses aux armements sur des diplômes « d’affichage », décalage entre offre et demande, démotivation profonde des candidats, tout n’est pas joli joli sur le marché du travail pour la génération qui arrive…

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  Herve Legourvière (HerveLE)

25 juin 2013

« J’vais le dire à mes parents » contre « même pas mal »: résumé désabusé des relations internationales

Classé dans : pensées — hervele @ 2 h 22 min

Pourquoi a-ton parfois l’impression que les pays se comportent entre eux comme des enfants dans une cour de récréation? Alors qu’une nouvelle version de la guerre froide est en train de se dessiner en Syrie (OTAN vs RUSSIE, avec des complications locales), alors que les conférences de paix se font dans des hôtels de plus en plus luxueux, avec toujours plus de petits-fours et de discussions courtoises dans le langage feutré et alambiqué qui est celui des ambassades, les relations entre états demeurent désespérément dans le registre comportemental d’un enfant de 8 ans, starring:

- La loi du talion et son éternel cycle de vengeances (tu m’as volé ma bille, je te vole ton yo-yo, etc.)

- Le donnant/donnant: pas question que je fasse une bonne action avant que toi tu en fasses une, donc statu quo.

- Le chantage: je ne t’inviterai jamais à ma boum tant que tu ne feras pas ça et ça… et son pendant, la protection mafieuse: tu n’as pas à t’inquiéter et on est en bonnes relations tant que…

- Le manichéisme: si tu n’es pas avec nous tu es contre nous.

- L’intimidation: je peux appeler mon grand-frère si je veux.

L’exemple récent des velléités nucléaires de l’Iran (de la méfiance d’Israël et de son grand frère américain) ou encore des sanctions commerciales de type « Talion » entre la Chine et l’Europe étaient assez édifiant de ce point de vue.

La réponse est peut-être simple, simple comme de dire que plus les intérêts en jeu s’accroissent, plus le type de relation s’appauvrit et se radicalise, ou que cela tient au fait que les États souverains ne peuvent pas être assimilés à des individus d’une société qui se soumettent à une loi commune décidée à la majorité et garantissant un ordre juste. La loi qui s’applique entre pays souverains est la loi du plus fort, point. Au reste il est intéressant de se demander alors pourquoi partant d’un état de nature (Rousseau) soumis à la violence les états n’ont pas suivi la même trajectoire en se mettant d’accord sur une gouvernance commune, en déléguant leur souveraineté à un pouvoir supérieur. Pourquoi l’Europe ne fonctionne-t-elle pas? N’est-ce pas que le risque encouru par un individu qui sort de la société est tout simplement la mort, alors qu’il est moindre pour un état, toujours capable de vivre en autarcie… ou de survivre sous le joug d’un autre?

Est-ce que, au contraire, l’éloignement de l’éventualité d’une guerre (l’annihilation d’un plus faible par un plus fort) entre nations occidentales n’a pas justement conduit à ce durcissement des relations, à ce jeu d’esbroufe et d’intimidation qui vient remplacer l’affrontement direct entre blocs alliés?

Mais ce ne sont là que des hypothèses lancées en l’air.

On aimerait, hélas, voir de temps à autres des comportements altruistes, de la « politesse » que diable! On aimerait qu’un jour un pays ayant reçu une aide financière ou une remise de dette fasse un remerciement public aux citoyens du pays créditeur. Eh quoi, est-ce parce que la bonne action était motivée par des raisons peu avouables que le receveur se passe de remerciement? Que de mauvaise éducation dans les relations internationales: A quand des excuses pour un avion détruit à la frontière?

Qu’est-ce que cela ferait du bien d’entendre un dirigeant jouer le jeu de la vérité: « voila, nous ne signons pas ce traité car nous n’avons pas envie de froisser tel pays et nous avons peur d’être en position de faiblesse »…au lieu des sempiternels mots creux et concepts fleuves. Mais je m’égare et j’idéalise.

Toujours est-il que la cour de récréation, ça a toujours plu aux masses. Les peuples se flattent de voir leur chef déclarer en substance « si tu me touches, je te tape très fort ». Et je me demande si en démocratie les citoyens ne sont pas « gavés », saturés de vivre au quotidien dans des relations bridées, feutrées et hypocrites (qu’est-ce que la politesse, sinon de l’hypocrisie?) et alors une part d’eux-mêmes rêve d’en découdre avec cette loi du plus fort, de se frotter à l’autre! Ça doit être la raison pour laquelle la politique internationale occupe autant de pages dans les journaux quotidiens.

  Herve Legourvière (LerveLE)

14 juin 2013

pourquoi il faut s’empresser de ne plus trier ses déchets

Classé dans : économie,pensées,res publica — hervele @ 0 h 48 min

Un coup de gueule pour un nouveau paradigme de l’écologie. Mais halte aux mots compliqués et allons droit au but: voici – assez brutalement – mon propos:

(DD=Développement Durable)

1°) Tout ce que vous faites individuellement en faveur du DD, est soit contre-productif, soit dérisoire, soit hypocrite.

2°) Ce n’est pas au citoyen ni aux entreprises d’agir volontairement en faveur du DD. 

3°) Il n’y aura jamais d’accord mondial à la fois sérieux et de bonne volonté sur le DD

4°) Il est aussi pertinent qu’il existe un parti écologiste que s’il existait un « parti sportif » ou un « parti des transports en commun ».

 

Je suis tombé sur plusieurs articles dans la presse anglo-saxonne (peu en France) qui expliquent le côté dérisoire de toute cette mayonnaise écologique, que si vous voulez participer au sauvetage de la planète il faut trier ses déchets, faire attention à l’impact carbone de la viande, prendre l’avion un minimum, faire du covoiturage… Mais pour un scientifique, toutes ces actions sont un peu comme si l’on demandait aux passagers du Titanic de faire pipi dans la mer pour faire fondre un peu l’iceberg qui arrive. L’impact observé de la somme de ces actions individuelles? Peut-être 5% du chemin à parcourir… La machine économique est une mécanique difficile à enrayer! En revanche, tenez-vous bien, la crise économique a eu un impact formidable sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Inespéré, du jamais vu! Comme quoi la « machine économique » n’est pas sans un certain cynisme!

 

Le côté profondément amoral de ces affichages soi-disant écologiques mérite de s’y arrêter: Un cas de sociologie (in Freakonomics) décrivait une école où les parents étaient toujours en retard pour chercher leurs enfants. Devant ces abus répétés de manque de respect, l’école a mis les parents à l’amende. Mais ceux-ci se sont dit que finalement l’amende était « libératoire » (comme disent les juristes) et moyennant le paiement ils pouvaient se « permettre » d’être en retard. Voyant l’effet contre-productif de la mesure l’école fit marche arrière… trop tard, car les parents avaient compris le message et sont restés à un niveau de retard supérieur à avant. Ils ont transformé un devoir moral (la mauvaise conscience) en un calcul coût/bénéfice. Pour moi, la situation est analogue: tout le monde pense « il est inutile de se préoccuper sérieusement de l’écologie, de vouloir sauver la planète car nous faisons déjà notre devoir citoyen en triant nos poubelles ». C’est ce que j’appelle de l’hypocrisie, et elle fait énormément de mal à l’écologie.
Même crime, même châtiment: le bio. De quoi s’agit-il? Le bio est avant tout un refus de polluer l’environnement. C’est une démarche issue des agriculteurs qui se sont rendus compte qu’ils faisaient vraiment beaucoup d’efforts et dépensaient beaucoup d’argent à essayer de limiter les dégâts causés par d’autres efforts et d’autres dépenses importantes… payer du désherbant, puis payer de l’engrais pour compenser l’absence de matière organique dans le sol par exemple! Donc faire moins d’efforts inutiles, arriver à une production moindre mais néanmoins satisfaisante, et ne pas avoir sur la conscience la pollution des nappes phréatiques et le meurtre des abeilles. Parallèlement, les vieux dictons populaires et l’éternelle nostalgie des anciens nous assuraient que les fruits actuels n’avaient plus aucun goût, qu’il fallait revenir aux anciennes pratiques, aux anciennes variétés. Stop, c’est là qu’est l’amalgame. Personne n’a jamais pu montrer que des produits bio avaient meilleur goût que les autres (voire même plutôt l’inverse puisque par définition les produits standards sont issus de sélections drastiques pour améliorer leurs propriétés). Niveau santé, il n’y a jamais eu un seul mort avéré à cause des produits chimiques présents sur les aliments. Il y a nécessairement moins de produits chimiques sur le bio, mais leur bénéfice potentiel est rattrapé par le taux supérieurs d’intoxications alimentaires, aussi je renvoie les deux dos à dos.
Le bio est le bio parce qu’il cultive des variétés rustiques, qui ont des goûts moins habituels, des aspects « maison », et qu’on se persuade que c’est meilleur au goût et pour la santé ce qui au passage peut marcher dans certains cas (un vin dans un verre à vin semble meilleur). Mais rappelons-le, le bio est avant tout un mode de culture qui préserve l’environnement, une façon de respecter les cycles et les équilibres naturels et de se « glisser » dedans, rien de plus (rien de plus de « prouvé »). Je suis un fervent partisan de ce bio-là, mais un adversaire de la « mode » bio qui ne parle que de santé.

J’estime qu’on fait semblant de faire porter au citoyen l’initiative de l’action écologique, alors que c’est à la puissance publique de la régir. En effet, l’économie ou le bénévolat seuls sont impuissants à gérer des biens universels et non chiffrables tels que la biodiversité, la qualité de l’air etc. Mais je ne dis pas que le citoyen a un rôle nul, au contraire: l’action la plus efficace est celle de voter, acte par lequel il mandate l’état à l’obliger* d’accomplir des actions écologiques fortes. Et à obliger*, par la même occasion, son voisin récalcitrant! Et tac! Voter, mais aussi parler, militer, faire des actions symboliques, mais pas se pénaliser soi-même.

(*ou inciter, cela est équivalent)

Mais mieux que d’obliger les gens à trier, pouvons-nous trouver plus intelligent? Des systèmes automatiques qui font les actions écologiques à notre place! Quoi? Vous me dites qu’elles existent déjà? Mais pourquoi ne sont-elles pas installées? Ah, elles coûteraient trop cher… Et voilà le vice: le bon citoyen, on lui demande de passer une partie de son temps à trier ses déchets. Le temps c’est de l’argent. Argent qui pourrait être dépensé à acheter ou développer des systèmes automatisés, mais non pourquoi s’embêter puisque l’état dispose de bénévoles pour faire le même travail!

 

Quel est le problème avec le volontariat écologique? J’ai l’impression que le tri sélectif a réparti les gens en deux groupes opposés: ceux qui faisaient un peu n’importe quoi, par manque de temps (= d’argent!) ou désinvolture VS ceux qui triaient bien et pestaient contre les premiers en mettant des petits mots sur la poubelle. On crée donc un double agacement parce que le local à poubelles est en pagaille, et parce – plus grave – on ressent une injustice, celle d’être la bonne poire face à ceux qui en profitent. L’espèce humaine est ainsi faite qu’il y aura toujours ces 10-20% de récalcitrants, peu importe le nombre d’heures d’écologie par semaine du primaire au baccalauréat.

 

Conclusion: en triant vos déchets

- Vous entravez la recherche, l’innovation, et le déploiement de technologies de pointe dans la filière tri

- Vous travaillez bénévolement pour des sociétés comme Sita, Veolia, qui sont très contentes de pouvoir revendre votre déchet trié (dont vous leur faites don au passage) à des prix plus attractifs en Chine grâce à vous.

- Vous vous faites le contribuable d’un impôt « moral » que l’Etat lève sur les personnes honnêtes uniquement.

- Vous vous donnez bonne conscience en vous évitant de regarder en face les vrais problèmes écologiques.

- Enfin, en vous trompant forcément de temps en temps de poubelle, vous énervez votre voisin du dessus qui est un extrémiste du tri.

Alors le tri, bonne ou mauvaise chose? C’est pareil pour le reste.

 

Bref, heureusement l’Etat a un peu avancé. Tarification des déchets au poids, réductions fiscales pour les installations moins gourmandes, etc. Tout ceci va dans le bon sens. Regardez: comment expliquez-vous qu’on parle depuis 30 ans de voitures électriques (le transport compte pour 40% dans le changement climatique!), et que les modèles sont sur le marché, mais on ne voit toujours rien arriver? C’est que l’état a fait stupidement confiance à l’honnête citoyen pour qu’il s’auto-pénalise et achète une voiture 30% plus cher, sauf que là c’était un peu gros. On attend encore aujourd’hui une vraie incitation, une vraie législation pour encourager tout ceci, comme pour le photovoltaïque ou l’isolement des habitations.

 

Dans la même logique, je considère que ce qu’on ne peut pas demander aux citoyens, on ne peut pas le demander aux entreprises. Toute entreprise a un et un seul objectif: gagner de l’argent en respectant les lois. La notion de « responsabilité sociale et environnementale » des entreprises est totalement abusive. Cela revient à admettre, de la part de l’Etat, une incapacité à promulguer des lois suffisamment écologiques ou sociales, et à demander aux entreprises de pallier volontairement cette incompétence. La bonne volonté des entreprises a des limites et elles biaisent en créant des « chartes » internes qu’elles s’empresseront de ne plus respecter en cas de souci. Est-ce vraiment sérieux?

 

La situation des pays entre eux est, à mon sens, exactement assimilable à celle de locataires d’un même immeuble. S’il n’y a pas une loi extérieure qui vient les contraindre, ils n’arriveront pas à trouver une solution qui satisfasse l’intérêt individualiste de chacun. La multiplication ces dernières années de conventions du développement durable est un véritable gâchis, en marge duquel les médias officiels cachent avec peine les échecs fracassants et les accords qui n’engagent personne à rien. Cette loi extérieure ne peut pas exister à moins d’une domination forte d’un pays sur les autres… A moins que les pays n’acceptent de se soumettre peut-être …au jugement impartial d’une machine, qui sait? La Terre, système fermé, fait que les actions de l’un pénalisent tous les autres ; notre seul espoir est de trouver des actions simples qui dé-pénalisent les autres: c’est ce que propose l’ingénierie climatique, dont je suis un fervent défenseur. Le Titanic fonçant vers l’iceberg, pourquoi ne pas tenter de mettre un peu de nitroglycérine dans le moteur et faire machine-arrière-toute!

 

J’en viens au dernier point, de l’absurdité d’un parti purement écologiste. L’écologie n’a pas de couleur, n’a pas d’appartenance politique. L’écologie devrait transcender les partis et être une composante de n’importe quel programme politique. Inversement vouloir protéger notre monde et lui assurer une pérennité n’engage en rien sur les autres thèmes politiques, a priori. L’écologie me semblerait toutefois être proche de la droite actuelle (non de la droite historiquement libérale) qui s’affirme de plus en plus comme protectrice et conservatrice des modèles naturels (frontières, famille, bien commun etc.). Placer l’écologie à gauche de la gauche est en fait incongru et implique d’avoir des idées sur l’homme en contradiction avec celles qu’on a sur la nature, c’est-à-dire exclure l’Homme de la sphère naturelle. C’est ce qui explique peut-être que les partis écologistes soient soumis à de violents clivages internes, ce n’est pas si étonnant. Au reste, comment peut-on rejeter en bloc le progrès scientifique dès il s’applique à la nature (OGM, Nucléaire, ingénierie climatique, etc.), et lui faire confiance aveuglément quand il s’applique à l’Homme (FIV, recherche sur l’embryon, etc.) ?

 

Si vous être arrivé jusque-là, chapeau, et merci par avance de vos réactions.

Hervé Legourvière (HerveLE)

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Classé dans : parodie,pensées — hervele @ 0 h 14 min

Le titre? Je fais de la politique sans le savoir fait écho à la naïveté de Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir. Toute analyse sur une actualité, toute réaction au monde réel est d’emblée politique, tout est presque politique… Et puisque, tout autant que les problèmes de sexe, l’opinion politique est un facteur qui peut – tenez-vous bien! -  faire échouer un mariage*, il faut en parler, et ne pas avoir peur d’en parler.

L’avantage certain du blog sur le commentaire, réside dans le fait que personne ne peut vous contredire ou vous modérer. Mais avec le recul, vos meilleurs contradicteurs sont simplement ceux qui ne daignent même pas venir voir le blog: sans appel. Ils sont parmi mes interlocuteurs privilégiés!

 

Alors ne perdons pas de temps, et bonne lecture.

*ce n’est pas mon cas je vous rassure

Hervé LEGOURVIERE (HerveLE)

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