3 juillet 2013

Que se passerait-il si tout le monde avait son bac+5?

Classé dans : économie,pensées — hervele @ 18 h 47 min

Les meilleurs élèves du lycée obtenaient parfois un 21/20 grâce à la question « bonus ». Fair enough! Cette pratique alors anecdotique a été érigée en règle dans l’épreuve du baccalauréat aujourd’hui et les circulaires internes demandent aux correcteurs de noter non plus sur 20, mais sur 24, cela fait quand même une hausse de plus de 15%. Cela n’a pas l’air de trop choquer les gens, et pourtant. Et pourtant… c’est ce qu’on appelle en économie, sans tourner autour du pot, une dévaluation en bonne et due forme. Tu as une note de 18? Pas de chance, elle n’en vaut plus que 15 maintenant… La dévaluation en économie est efficace (Chine, Suède…), elle renchérit le cout de la denrée étrangère, et rend plus compétitive à l’export (elle n’est bien entendu efficace que si les voisins ne font pas la même chose!). Nos étudiants titulaires du nouveau « bac » seraient-ils plus compétitifs? Hélas rien d’équivalent dans le domaine humain… Il est regrettable que la France pratique sans vergogne la dévaluation éducative, vouée à l’échec, et ne l’envisage pas dans le domaine monétaire où cela serait salutaire. Ce qu’on constate, et d’une façon générale dans des domaines aussi divers que l’éducation, la culture, l’intégration des minorités, le déficit des comptes publics, et j’en passe, c’est un abandon généralisé de nos niveaux d’exigence.

Dévaluation éducative égal plus de diplômes et d’années d’études pour quoi?

La hausse continuelle des taux de réussite au bac, le nombre croissant des étudiants faisant des études supérieures toujours plus longues pour au final mendier un stage devrait inciter tout observateur possédant 2 bras,  2 jambes et un cerveau à se poser certaines questions prudentes:

1°) Est-il vrai que notre société a besoin de personnes toujours plus qualifiées? Pourtant cela fait un bout de temps que la structure de notre économie est stable (avec une désindustrialisation en fond de tableau mais passons)

2°) A quoi sont censées servir toutes ces années d’études supplémentaires?A qualifier les gens dans un domaine toujours plus précis, ou au contraire à leur donner une culture générale la plus large possible, c’est-à-dire les « élever intellectuellement » pour qu’ils soient de meilleurs citoyens?

3°) En quoi un système d’il y a 40 ans (où le bac était une garantie suffisante sur votre CV pour vous faire embaucher dans n’importe quelle boite du CAC40 sur-le-champ), est-il forcément inférieur à un système où on vous traine d’entretien en entretien pour finir par vous avouer qu’un type avec un double master génie des procédés-philosophie, la pratique d’une 4è langue et président d’un club de dégustation de vin vous a finalement damé le pion? (et sous-question 2: En quoi l’argument des gens qui me traitent de « réactionnaire nostalgique d’une époque révolue » est-il pertinent?)

4°) Si tout le monde doit faire des études supérieures, alors pourquoi ne pourrait-on pas tout simplement mettre le bac après le master? (article intéressant à ce sujet trouvé ici sur le rôle du bac)

5°) On dit toujours que le travail est ce qu’il y a de plus formateur… non?

6°) Accepter un travail sous-qualifié ne crée-t-il pas un mal-être, un manque de valorisation voire une dépression? (sisi)

7°) Qui est censé assumer la charge toujours croissante d’un enfant à la maison pendant X années supplémentaires à l’heure où les solidarités générationnelles disparaissent et où même les parents sont touchés par la crise?

8°) Alors qu’on sait très bien qu’une économie a besoin de main d’œuvre peu qualifiée, que le manque d’ouvriers en début de chaîne est un frein énorme à la croissance, pourquoi est-ce tabou de parler du rôle de l’immigration alors qu’on sait très bien que les immigrés prennent en majorité ces emplois peu qualifiés? Qui a voulu cela, qui soutient cette dynamique et quels intérêts sont derrière? (question qui est soulevée par un lecteur qui aurait été sur des sites « nauséabonds »).

9°) Si je fais trop d’années d’études, est-ce que je ne risque pas de ne jamais avoir assez de trimestres pour ma retraite?

Bref, dévaluation, dilution des études sur un temps plus long (la relativité sans doute…), courses aux armements sur des diplômes « d’affichage », décalage entre offre et demande, démotivation profonde des candidats, tout n’est pas joli joli sur le marché du travail pour la génération qui arrive…

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  Herve Legourvière (HerveLE)

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